‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 106 sur 232 · REPONSE DU DUC.J · texte numérisé non relu

REPONSE DU DUC.J

Je suis affecté, profondément affecté, et à un point tel que je ne pourrais vous l'exprimer. Il semble qu'un mauvais génie préside à nos destinées, que de tous les côtés on ait fait une gageure à qui se hâtera le plus dans le chemin de la ruine et de la destruction. Chacun se ponsse et se heurte pour arriver le premier à l'abime. J'avais avant-hier, en lisant le rejet presque sans discussion de la loi sur l'année financière, le pressentiment que l'on recruterait fortement la chambre des pairs, mais était-il donc si nécessaire de la rejeter, cette loi que nous-mêmes avions approuvée ? Il semble que de chaque côté on n'agit qu'ab irato; mais la dernière colère est la plus forte; voilà la pairie dénaturée, cela entraine à augmenter le nombre des députés, et amènera, je le crains bien, une catastrophe. Je m'examine bien dans cette circonstance, je mets la main sur ma conscience, et je me demande, avec une impartialité dont je tâche de faire usage quand je me juge comme quand je juge les autres, si je n'ai pas eu tort de ne pas rester et s'il y avait pour moi quelque moyen de le faire. Je ne trouve pas que la chose fût possible; il me semble que j'ai tout tenté en essayant de tenir, lorsque vous me laissâtes seul tous les six pour composer un ministère, qui devait, selon vous» Messieurs, être plus fort que l'ancien et qui n'a jamais pu se former; quand ensuite avec M. Laine nous voulûmes encore reconstruire une machine de gouvernement, sans pouvoir y réussir. Songez combien de fois vous-même m'avez conseillé de me retirer, me rassurant sur la crainte que j'avais qu'on ne pourrait composer un ministère après moi. Il est vrai que Dieu, au lieu de me départir cette force de volonté qui fait plier tout sous elle et qui serait nécessaire pour comprimer les passions déchaînées et forcer tous les

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