PROMOTION DE PAIRS LIBÉRAUX
refuser le budget, d'où impossibilité de gouverner. Louis XVIII se décida alors à briser la majorité royaliste et la promotion fut décidée.
Il fut résolu qu'elle serait purement politique et conçue dans le sens de la pensée ministérielle. Comme Louis XVIII ne voulait pas rappeler en bloc les pairs éliminésen 1815, l'établissement de la liste futsurtout une discussion sur les personnes. Elle fut présentée au Roi au conseil du vendredi 3 mars. Elle comprenait soixante-dix noms; Louis XVIII en retrancha dix et en ajouta trois. Il ne lit aucune difficulté pour les militaires. Les six maréchaux qui n'étaient pas revêtus de la pairie la reçurent, ainsi qu'un certain nombre de lieutenants généraux de l'ancienne armée. Le reste de la liste, à l'exception de quelques rares noms appartenant à l'ancienne noblesse de robe ou d'épée, fut recruté parmi les représentants de l'administration, de la magistrature, du conseil d'Etat, amis ou présumés amis du ministère. Le baron Mounier fut nommé en récompense de ses services au congrès d'Aix-la-Chapelle. Le baron de Garante, directeur général au ministère de l'Intérieur, représenta les doctrinaires- Louis XVIII avait fait peu de nominations parmi les personnes de son intimité et n'accorda à Monsieur qu'une seule pairie, celle du comte Digeon. Une ordonnance additionnelle, préparée quelques mois plus tôt par M, de Richelieu et contresignée maintenant par le Roi, nommait M. GrefTulhe. Naturalisé depuis peu et possesseur d'une grande fortune, M. Greffulhe s'était lié avec le duc et avait soutenu sa politique financière. Sa nomination était un legs de l'ancien ministère.
Lorsque cette liste fut connue, elle excita la plus vive indignation dans le parti royaliste- Op. parla de
2ê2 REJET DE LA PROPOSITION BARTHELEMY
mettre Decazes en accusation, M. de Villèle et ses amis voulaient en prendre l'initiative. Des pamphlets contre Decazes, des caricatures sur les nouveaux pairs coururent les rues de Paris.
Le soir du jour où parut l'ordonnance, M. Mole réunissait à diner MM. Laine, Ravez, Corvetto, Maine de Biran, Doria, de Mun, de Boisgelin et de Lamoignon. Les nouveaux pairs firent, comme bien on pense, les frais de la conversation. Laine revint à l'idée d'une démarche de la chambre des pairs auprès du Roi^ démarche à laquelle il voulait donner le caractère d'une protestation éclatante et solennelle. Il méditait en même temps de proposer à la chambre des députés une adresse au Roi sur la situation du royaume. Il quitta la réunion de bonne heure, voulant partir le lendemain au petit jour pour Fontainebleau afin d'y rêver en toute liberté.
Lamoignon, heureux de l'occasion déjouer enfin un rôle, s'offrit pour proposer la démarche à la chambre des pairs. M. Moté, pensant que M. de Fontanes serait plus écouté, conseilla de le substituer h son oncle et beau-frère. Lamoignon insista, appuyé par M. de Mun; M*"^ de la Briche, conciliante, fit observer qu'il serait fort désobligé s'il était écarté. M. Mole céda et Lamoignon le pria de lui faire pendant la nuit son discours. Ce travail lui fut apporté le lendemain matin et M. Mole nous confie que tous trois s'en montrèrent enchantés. Decazes aurait bien voulu en avoir connaissance. Il eut beau faire espionner la maison de Laine et celle de M. Mole, séduisant même un des gens de ce dernier, qui lui rapportait ce qui se disait chez lui, il ne put se le procurer.
A la séance du mardi 9 mars, eut lieu la vérification des trente-neuf nouveaux pairs. Le sort, ironique,.