‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 113 sur 232 · PAR LA CIIAM*RE DES DEPUTES · texte numérisé non relu

PAR LA CIIAM*RE DES DEPUTES

désigna p>our être commissaire et rapporteur Decazes et M. Moté. Pour hâter et faciliter le vote des nouveaux promus, t'ordonnance royale les avait dispensés de la condition du majorât, sauf au cas où ilsauraient voulu rendre leur pairie héréditaire. C'était une première brèche dans l'organisation de la pairie.

La promotion des nouveaux pairs facilita au ministère la discussion de la proposition Barthélémy devant la chambre des députés. Le gouvernement avait pris position; la situation était nette. Il avait eu pour lui jusqu'alors la gauche, les doctrinaires et le centre droit presque tout entier. Mais un nouveau danger allait surgir pour lui.

Les débats s'ouvrirent le lundi 20 mars, anniversaire du retour de l'île d'Elbe, coïncidence epie les royalistes ne manquèrent pas de souligner. Tout le côté gauche prit la défense de la loi des élections. Par opposition à la thèse royaliste, qui considérait la Charte comme octroyée par le Roi, et les ministres comme nommés par laCouix)nne seule et uniquement responsables devant elle, M. Martin de Gray appela le cabinet une création constitutionnelle, dans laquelle la nation mettait toute sa confiance. Le vieux républicain La Fayette intervint également en faveur du ministère, le félicitant des améliorations qu'il apportait à laConstitution, puis, cherchant à l'engager encore plus avant, il s'écria : » C'est ainsi que, répondant à l'auguste invitation du Roi, la chambre entrera dans les améliorations nécessaires encore à la garde nationale, au régime municipal, au jury. »

Contre la loi et le ministère se dressèrent non seulement les royalistes comme MM. de la Bourdonnaye, de Corbières et de Villèle, mais aussi une grande partie du centre droit. M. Laine en personne défendit

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à la tribune la résolution de la chambre des pairs, et grâce à son intervention, la proposition Barthélémy ne fut repoussée que par 150 voix contre 94. Ces chiffres prouvèrent qu'une grande partie du centre droit passait à l'opposition. Le ministère voyait donc une importante fraction de son ancienne majorité se rallier à la droite, et allait se trouver dans la nécessite ou de s'incliner devant les exigences toujours croissantes de la gauche, qui voulait revenir k la constitution de 1791, à la cocarde tricolore, àla souveraineté du peuple, ou de lui tenir tète. Ce dernier parti lui était impossible sans la droite, dont il n'avait plus la confiance. Sa fin était proche.

Les intrigues se multipliaient, M. de Talleyrand, qui guettait anxieusement l'occasion de reprendre le pouvoir, croyant le moment venu, cherchait à mettre sur pied une combinaison ministérielle. Il fit dire à M. Mole, par Christian de Lamoignon qu'Archambaud de Périgord était venu trouver, que bien qu'ayant eu à se plaindre de lui, il était loin de méconnaître son mérite et l'admettrait avec empressement dans un ministère qu'il formerait. Cette démarche n'eut aucun succès.

De son côté, Capelle, l'homme de confiance du duc d'Angoulême, rêvait d'agir sur Decazes par ce prince, et sur le Roi par sa famille, pour en arriver à un ministère formé par Decazes, où entreraient Talleyrand, Mac-Donald, Pasquier, Portai et Roy. Il regardait Decazes comme nécessaire tant que Louis XVIII vivrait, et il est vraisemblable que le favori ne fut pas étranger à ce projet.

Le pavillon de Marsan ne restait pas non plus inactif. M. de Villèle était son homme, et M. de Vaux se chargeait de sonner le ralliement autour de lui.

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Dans une conversation de cinq quarts d'heure avec Monsieur, de Vaux lui indiqua M. de Villèleet M. Mole <^(>mme devant représenter tous les intérêts dans un iMtuveau ministère. « Il compte sans son hôte, écrit M. Mole, car sûrement je n'y entrerai pas. Monsieur, 'Ml entendant les éloges que de Vaux me donne, dit : (( Mais n'a-t-il pas plus de talent que de caractère? Il a manqué, à ce qu'on assure, de caractère au mois de décembre. » Monsieur était de ceux qui accusaient à tort M. Mole d'avoir amené la chute du ministère Richelieu en donnant le premier sa démission.

M. de Villèle persistait à vouloir mettre Decazes en accusation si l'initiative n'en était pas prise par Ravez, président de la chambre des députés. Il consulta M. Laine, qui lui conseilla d'attendre. L'idée lui vint alors de donner sa démission avec tous ses amis, puis, se rendant compte de l'inutilité de ce geste, il songea à s'abstenir de siéger si MM. Laine, Bellart et vingt députés du centre en faisaient autant. Cette attitude simultanée des deux chambres Rêvait, à ses yeux, avoir plus de poids que la protestation en corps de la < liambre des pairs, à laquelle il avait pensé précédemment. M. Mole, ayant aussi renoncé à ce projet, voulait au contraire que l'on cherchât à se concilier les nouveaux pairs, et assista dans ce but à un dîner donné panM. de Sémonville en l'honneur de quelquesuns d'entre eux.

Chateaubriand, lui aussi, cherchait à se rapprocher de M. Mole. Ils s'étaient brouillés définitivement lors de la discussion de la loi sur les cris séditieux à la chambre des pairs, quatre ans auparavant. M"® de Duras s'attacha à les réconcilier et le demanda à M. Mole. (( Je peux encore l'aimer, lui répondit-il, mais je ne m'entendrai jamais avec lui sur la poli-

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tique. » Il consentit néanmoins à se rendre chez elle le même jour à midi. Il y vint comme il l'avait dit, mais Chateaubriand manqua au rendez-vous. M. de Villèle s'y trouvait; il se montra découragé, et voyait tout perdu sans ressources.

M™^ de Duras, persistant dans son but, parvint à réunir chez elle Chateaubriand et M. Mole cinq jours plus tard. Ils eurent un long entretien sur les affaires, d'où il ressortit que Chateaubriand, contrairement à Talleyrand qui conseillait le silence, préférait la retraite de Villèle et de ses amis.

En sortant de chez M"*® de Duras, M. Mole se rendit chez M. Laine pour lui demander s'il suivrait M. de Villèle dans son projet de démission collective. Son avis fut de ne pas le suivre, mais de rester et de se taire. Après quelques jours d'hésitation, M. de Villèle se rangea à cette opinion et prit, avec tous les siens, le parti du silence quoi qu'il en coûtât à son amourpropre. Sur ces entrefaites, Lagarde fut nommé maître des Kequèles ^

Trois élections restaient à faire pour compléter le dernier renouvellement partiel. Les indépendants, enhardis par leur succès contre la proposition Barthélémy, se refusèrent à toute transaction et soutinrent les caudidatures d'extrême-gauche. Leurs candidats l'emportèrent. Benjamin Constant et Daunou furent

1. Lagarde était un des correspondants des journaux anglais dans lesquels Decazes faisait dire contre ses adversaires et spécialement contre Monsieur ce qu'il n'aurait jamais osé dire dans les feuilles françaises. Les autres correspondants étaient M. Mirbel et M. Lingay, le premier secrétaire général du ministre de l'Intérieur, le second attaché au cabinet particulier de Decazes. Lagarde exerçait une grande influence sur M. DessoUe, et sa nomination de maître des Requêtes fut très mal vue des royalistes et de la droite,

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nommés à une assez forte majorité. A Nantes, M. de Saint-Aignan ne l'emporta que de quelques voix sur M. de Sesmaisons. L'alarme était grande à la Cour et parmi les royalistes. Decazes affectait de partager l'inquiëlude générale; le ministère Dessolle avait été imaginé par lui comme un ministère postiche, destiné à n'être qu'une transition entre lui et M. de Richelieu; aussi n'était-ce pas sans déplaisir qu'il voyait le ministère critiqué et attaqué de toutes parts. Il fit répandre par ses amis et son entourage qu'il était en opposilio^n avec tous ses collègues, et désapprouvait la ligne qu'ils avaient adoptée, s'ouvrant ainsi la voie h leur succession.

Le mardi 30 mars, M. Mole reçut la visite de Pozzo. « Pozzo me raconta, dit-il, comment il rompit avec Decazes. C'était le mardi gras, au spectacle de la Cour. Decazes lui reprocha d'avoir changé. <( Je n'ai point changé, lui répondit-il, mais vous, vous avez bouleversé l'Europe. » Aces mots, Decazes se redressant de la manière la plus ridicule, lui dit d'un ton menaçant : « Monsieur... » — « Il n'y a que Monsieur de trop dans tout ceci », reprit Pozzo avec mépris. Dessolle et Portai, entendant ce colloque, intervinrent et sans affectation les séparèrent. Du reste Pozzo est toujours fort au-dessous de lui-même ; il se nuit de plus en plus par son dépit et son air déconfit. »

Dans la même journée, M. Mole eut une autre conversation, qui certainement l'intéressa davantage et où il apprit la cause de la rupture dont il avait tant souffert.

<( Entrevue avec M"»^ de XX... continue-t-il. Je lui arrache emiin son secret. Ses larmes, son trouble...*

i. Passage supprimé.

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