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alarmés de rorientation à gauche du ministère Dessolle, que dans leurs propres pays se manifestaient des signes d'effervescence. En Angleterre, des émeutes avaient éclatées à Manchester. Londres était agitée par les violences des réformateurs. Cent mille révoltés jiiarchaient vers la capitale anglaise. En Allemagne, les sociétés secrètes s'agitaient et Kotzebue était assassiné. A Paris, ces troubles étaient signalés par les journaux royalistes comme la conséquence du système hessolle-Decazes; de leur côté les libéraux exaltaient (•es séditions, déclamant contre les Cent Suisses et la garde royale, célébrant Napoléon et les Cent-Jours. Lord Castlereagh envoya sans mission ofiicielle lord NN'itworth étudier l'état des esprits et la situation polili(|ue en France, pour juger ensuite des mesures nécessaires que l'Angleterre pourrait suggérer à l'Europe dans l'intérêt de la paix générale et de l'ordre public. Lord Witworth vit peu les ministres, il fré- ({uenta surtout les milieux de la Cour et du parti royaliste. Il eut une audience de trois quarts d'heure avec Louis XVIII, au cours de laquelle il l'entretint à titre privé de la part du Régent, puis se rendit chez Dessolle à qui il exprima ses craintes pour l'avenir. Il partit sans que sa mission eût un résultat bien notable. Une visite plus importante fut celle de Capo d'Istria (|uelques semaines plus tard. Il était envoyé par l'em- {tereur Alexandre, effrayé de la tendance générale des opinions en Europe et de l'assassinat de Kotzebue, avec qui il était en correspondance. Le ministre russe vit deux fois Louis XVIII. Il attira son attention sur les craintes qu'inspirait à son maitre et aux autres souverains la présence de jacobins à la chambre et l'encouragea néanmois à persister dans le système de modération qu'il avait adopté en 1815 avec le duc de
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Richelieu. Sans être un encourag-ememt pour la droite, cet avis n'était cependant pas en faveur du min^tère. Cajpo d'istria vit également Decazes et Desselle, et il fut résolu de continuer dams la voie tracée par l'ordonaance du 5 septembre et d'éprouver encore la loi des élections, sauf h la modifier plus tard si ces essais en constataient le vice.
PozzG reçut aon rainistare à diner. Quelques jours plus tard, il raconta à M. Mole d'ientretien de Capo d'istria et de Louis XVIII.
« Je suis bien aise, Monsieur le comte, dit le Roi, de pouvoir vous dire mui-même que ce n'est pas moi qui me suis séparé du duc de Richelieu, mais le duc de Richelieu qui s'est séparé de moi. J'ai dii alors chercher à me faire un ministère, j'en ai trouvé un qiui a. passé par ses succès mes espérances et dont la marche doit donner à l'Empereur Alexandre et h l'Europe autant de sécurité que j'en éprouve moimême. »
Capo : « Sire, l'Empereur a ve avec chagrin la dîirection des aiîaires de Votre Majesté sortir des mains d'un homme qui, par ses sentiments et son caractèr*?, offrait tant de garanties. Ni l'Empereur, ni l'Europe u-e connaissent ses successeurs, ils attendent pour les jug«r. »
Le Roi : « Elst-ce que l'Empereur aurait quelque inquiétude sur notre avenir ? »
« — Sire, les plus sérieuses. »
« — J'en suis fâché. )>
« — Quand les alliés firent le traité die 1815, chacun ne pensait qu'à tirer de la France le iplus d'argent qu'il pourrait. M. de Richelieu déclara que la France i\<e pouvait payer que telle somme, et tout le monde le crut. »
CAPO D ISTtnA CUEZ LOUIS X%'III. 271
Le Roi, interrompant vivement ; « Est-ce qu'on ne croirait pas de même mes ministres actuels ? »
(( — Je ne le crois pas. »
« — Gela m'afflige. Cependant le nouveau ministère suit la ligne que j'ai toujours annoncé être la mienne ; que peut-on lui reproclier? list-ce la promotion des soixante pairs? »
« — Sire, il est certain qu'elle a étonné, elle présentait quelques noms... >»
<( — Peut-être, en effet, y a-l-on mis un peu de précipitation. Il n'est pas bien certain que cela fût nécessaire, loals l'événemeot a tout justifié, car ces nouveaux pairs se montrent à merveiUe. »
« — Sire, il faudra voir l'avenir. »
(( — On vous aura dit aussi que M. Decazes était mon favori. 11 est vrai que je l'aime (avec émotion et rougissant), que je l'aime beaucoup, Monsieur le comU», mais ce qu'il faut ajouter, c'est qu'il m'a rendu, qu'il me rend tous les jours les plus grands services et qu'il justifie ma confiance par la plus haute capacité. Mais parlez-moi de Pozzo? Pourquoi a-t-il changé? »
« — Ce n'est pas lui. Sire, qui a changé. Il s'est renfermé dans ses devoirs et s'est conformé en tout aux instructions et aux intentions de son maître. »
« — Mais enfin il n'est plus des aôtres. »
« — Sire, vous devez compter sur ses sentiments. »
u — Oh I je paie tout ce que je lui dois et tout le bien qu'il a fait à la France. »
« Pozzo, continue M. Mole, me raconte en outre que Decazes est venu chez Capo d'Istria depuis son entretien avec le fioi et est resté trois heures à l'endoctriner. Il lui a surtout fait son apologie à l'égard du changement de ministère et de sa séparation d'avec M. de Richelieu. — « Au surplus, a-t-ii dit, que
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M. de Richelieu ne se sépare jamais de la France, car il peut encore lui rendre de grands services. » Pozzo me parait d'ailleurs tout remonté, sa marotte est de rappeler le duc au ministère. Il se croit raffermi dans la faveur d'Alexandre et espère que les ministres le savent et ont renoncé à le faire rappeler. »
Le lendemain, M. Mole reçut la visite de Capo d'Istria. Il eut avec lui un entretien de deux heures. Il est probable qu'il avait l'intention d'en faire le récit plus tard, mais qu'il n'en eut pas le temps. Dans son journal, nous ne trouvons que ces quelques lignes : « Entretien de deux heures avec Capo d'Istria. Ce qu'il me dit, ce qu'il me répond. Impression que j'en reçois. »
M*"^ de Duras ne renonçait pas à son projet de réconciliation entre M. Mole et Chateaubriand. Un diner fut arrangé chez Julien. « Je vous ai toujours regretté, dit Chateaubriand à M. Mole, comme une maîtresse qu'on ne peut cesser d'aimer, quoiqu'elle vous ait trahi. J'ai su tout le mal que vous avez dit de moi et la finesse avec laquelle, tout en m'accablant d'éloges, vous insinuiez que j'étais incapable du ministère. Tout cela est oublié, mais voici ce que je vous demande. Vous serez ministre bientôt, et ministre dirigeant, soit avec le Roi, soit avec Monsieur, car je sais ce que ce dernier m'a dit de vous. Souvenez-vous alors que je ne vous demande qu'une chose, c'est l'ambassade de Naples. Je suis dégoûté des affaires et veux finir mes jours avec des arts et du soleil, et Rome ne peut me convenir à cause de tous les bonapartistes qui s'y trouvent. » Puis, revenant à la politique : u Du reste, c'en est fait tôt ou tard de la famille de Bourbon. Les révolutions ne se terminent que par un changement de dynastie ; tâchons seulement que cela