‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 13 sur 232 · DE DONNER SA DEMISSION · texte numérisé non relu

DE DONNER SA DEMISSION

projet que je connaissais si bien et me dit avec un profond soupir : a Vous me voyez bien triste et bien inquiet; le Roi m'échappe et se met à avoir de luimême des volontés. Je n'ai jamais pu lui ôter l'idée qu'il fallait faire Dumanoir vice-amiral et il m'a chargé de vous en parler. »

« — Kien de plus simple, lui répondis-je, mais un autre ministre de la Marine que moi consignera l'ordonnance, je mériterais de perdre l'estime de tous les marins si je participais à une pareille faiblesse. »

« — Après cela, reprit Decazes, il faut que je vous fasse l'aveu de mon embarras vis-à-vis de Dumanoir. J'ai vu trop tard les bonnes raisons que vous aviez d'en faire si peu de cas et ne le connaissant que par son excellente conduite dans la chambre, je lui avais promis, il y a longtemps, de le fjaire vice-amiral aussitôt que je serais parvenu à donner àDubouchage un successeur. »

<( — C'en est fait, répliquai-je froidement, de l'honneur et de l'émulation dans toutes les carrières, si le premier et le plus sur gage d'un rapide avancement est de servir le ministère dans les chambres. »

« Prenant alors un air distrait et ce regard perdu qui sert dévoile à ses impressions, Decazes alla se rasseoir.

« En rentrant de ce conseil, je trouvai chez moi le chevalier de Paunac qui venait me dire que M. le duc d'Angoulême désirait vivement que je présentasse au Roi, pour la place d'inspecteur des Classes, que la mort de Gantheaume laissait aussi vacante, le viceamiral Missiessy ou le contre-amiral Colbert que le prince s'obstinait toujours à mettre en avant. Je me rendis à l'instant auprès de Son Altesse Royale. Elle était à la chasse et je m'annonçai, en me retirant, pour le mercredi suivant.

Page 1