‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 121 sur 232 · DISCOURS SUR LE SENEGAL · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LE SENEGAL

citent, cherchent à m'attirer dans leurs rangs. » Ghoiseul lui-même se mit de la partie. Au cours d'une

longtemps. Je vais me donner celle dun voyage dans les Alpes suisses, si toutefois le temps le permet, car il fait depuis quelques jours une pluie qui me rappelle l'été de 1816 ; j'espère qu'il n'aura pas des suites aussi désastreuses. J'ai déjà été tourmenté par le mauvais temps en passant le Simplon. La (illisible) d'Italie s'est changée en neige sur la montagne, ce qui n'est pas fort extraordinaire; mais ce qui l'est davantage c'est que dans le fond des vallées, il ait neigé le 16 et le 17 juin pendant trente-six heures, de telle sorte que les noyers et la vigne, dont le feuillage n'était pas disposé à recevoir cette nappe énorme de neige, se brisaient sous le poids ; les pius vieux habitants ne se rappelaient pas d'avoir vu chose semblable. 11 est triste que cette contrariété m'ait été réservée, car elle m'a empêché d'aller visiter les glaciers de Chamonix, où je voulais me rendre du Valais en passant une montagne qu'on appelle le col de Baimt* ; mais elle était tellement obstruée par les neiges qu'il n'y avait pas moyen d'y songer. Je ne me consolerais pas s'il devait en être ainsi du voyage que je vais entreprendre dans les hautes Alpes; je n'y renoncerai bien certainement qu'à la dernière extrémité. Je trouve les Suisses un peu effarés de toutes les injures que leur disent Messieurs les libéraux avec autant d'aménité que de haine politique. Je crains bien que ce qui les attend ne les jette dans les bras des puissances allemandes et de la confédération germanique ; je doute que nous y gagnions. Au reste je ne veux pas vous parler affaires, car je suis absent depuis trop l<ing»emps et les événements marchent trop vite pour que je puisse avoir une opinion raisonnable; j'aime donc mieux n'en n'avoir aucune pour le moment et vous dire un mot de rétablissement de M. de Fellenberg à Hofwyl, où j'ai été passer la journée il'avant-hier; malheureusement il était absent et j'en ai eu un regret infini, car c'est un homme bien intéressant à connaître. Son institut d'éducation pour les enfants des riches est probablement excellent, ce n'est pas en une journée qu'on peut en juger, mais c'est l'institut des pauvres dont l'idée m'a paru admirable; reprendre la société en sous-œuvre pour ainsi dire, commencer par les enfants de la deriière classe, et, sans chercher à les faire sortir de leur état, travailler à les rendre meilleurs et plus heureux, est une entreprise qui, quand elle ne serait qu'une chimère (je ne le pense pas) ferait encore «imer et admirer son auteur. Je suis bien tenté de revenir ici quand M. de Fellenberg sera de retour, uniquement pour faire sa connaissance, puis après je me rapprocherai de Paris où j'espère vous trouver en bonne santé. Si d'ifi là vous vouliez bien m'écrire un mot, ce qui me ferait bien plaisir, vous pourriez m'adiesser à Zurich, poste restante, mais avec la précaution d'alTranchir la lettre ; cette mesure est devenue nécessaire depuis quelque temps. Adieu donc, conservez- moi un peu d'amitié et soyez assuré que malgré mon humeur vagabonde je connais le prix de l'amitié ; comptez sur celle que je vous ai vouée pour la vie.

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