CHATEAUBRIAND
visite, celui-ci le prit à part pour lui dire que M. de Pontécoulant et un grand nombre de ses amis voulaient absolument le revoir parmi eux et que tous le regrettaient comme le plus capable de conduire habilement la barque ministérielle. « La résolution est prise, ajouta Choiseul, pour la session prochaine, et je me charge de l'exécution. » Cette proposition ne fut pas acceptée, mais M. Mole profita de l'occasion pour dire franchement la vérité à Choiseul sur les circonstances qui avaient amené la retraite de M. de Richelieu et le rôle qu'il y avait joué.
Comme on parlait du duc, la conversation se porta sur la formation de son gouvernement en 1815. jyjme de Montcalm, qui se trouvait parmi les personnes présentes, raconta la déconvenue de Chateaubriand lors de l'arrivée de son frère au pouvoir.
« Dans ce changement de ministère, Chateaubriand joua le rôle d'une véritable mouche du coche. Ayant été informé par ses amis du château qu'un changement allait avoir lieu, il redoublait depuis quelque temps ses assiduités auprès des deux sœurs et surtout de M°*^ de Montcalm à qui il croyait le plus de crédit auprès de son frère. En même temps il obsédait le frère lui-même (dîner ridicule qu'il lui donna) et se donnait pour avoir tout fait. C'était lui qui avait fait jouer tous les ressorts et à qui on devait le dénouement. Quand M. de Richelieu eut accepté, il se mit à parler de tout ce qu'il fallait faire, comme s'il eût siégé à côté de lui. <( Nous allons envoyer, disait-il, un courrier à Vaublanc, il descendra chez moi, je vous l'enverrai après l'avoir mis au courant, etc., etc.. » M. de Richelieu, à qui toutes ses façons ne plaisaient point, et qui n'avait jamais eu de goût pour Chateaubriand, commença à le prendre en aversion. Château-