ÉLECTION DE L ABBE GREGOIRE
Maison de Bourbon, et trouvèrent au ministère de l'Intérieur un accueil bienveillant.
En même temps qu'il prenait ces mesures propres à se concilier les gauches, le ministère chercha à conquérir le parti royaliste. On dépensa un million pour l'établissementde nouvelles cures. Ces concessions diverses ne donnèrent pas le résultat que Decazes en avait espéré. Ce qu'il voulait faire prendre pour de l'impartialité ne fut considéré par les différents partis que comme un simple jeu de bascule.
Le ministère choisit les présidents de collèges électoraux dans le centre gauche et le centre droit. Les indépendants repoussèrent tous ces choix avec violence, et la lutte s'engagea entre les présidents de collèges et les candidats extrêmes. Les libéraux se dressèrent dès lors contre le ministère. Celui-ci n'avait plus d'autre ressource que de s'appuyer i^ur la droite. Or, la droite, contre qui ce ministère avait été constitué, était décidée à combattre les candidats ministériels. Decazes, on le voit, n'avait obtenu d'autre résultat que do réunir les deux oppositions, et le scrutin marqua un nouveau succès pour la gauche.
Une élection surtout souleva les passions. Ce fut celle de l'abbé Grégoire. Élu en 1789 aux États généraux par le clergé du bailliage de Nancy, Grégoire avait prêté serment à la Constitution civile du clergé ; puis, nommé évêque de Blois, il avait été envoyé h la Convention, où il réclama l'établissement de la République et vota la condamnation de Louis XVL Son élection fut considérée par la gauche aussi bien que par la droite comme un défi à la monarchie.
Les élections avaient eu leur contre-coup h Carlsbad. Lord Castlereagh n'était pas éloigné de suivre M. de Metternich dans un vaste système de répression
LE COJLQltÈS DE GARLSBAD. £85
de l'excessive liberté qui se manifestait en Europe. On devait d'abord ne s'occuper que de l'Allemagne. M. de Metternich avait songé à un congrès, mais l'empereur de Russie repoussa cette idée. On se contenta d'une réunion de ministres, connue dans l'histoire sous le nom de congrès de Carlsbad. Seuls ceux d'Autriche, de Russie et de Prusse y figurèrent officiellement; les autres puissances, y compris la France, envoyèrent des agents secrets qui, sous divers prétextes, devaient suivre les travaux de la conférence. L'attention de cette réunion, dont les affaires d'Allemagne étaient le but officiel, se porta également sur la France.
Bénéficiant de la loi sur la presse, œuvre du ministère Dessolle, Benjamin Constant avait publié dans la Minerve une série de lettres sur l'état de l'Allemagne, qui avaient eu une grande popularité. Ces articles eurent pour résultat de faire croire aux ministres des différentes puissances qu'un plan de coalition populaire contre les monarchies légitimes était concerté, et que le coup partait de Paris. Les mesures décidées furent rédigées de telle sorte que s'il surgissait un événement imprévu en France, les souverains fussent à même d'en repousser les effets nuisibles à la paix de l'Allemagne. Le baron de Vincent, ambassadeur de l'empereur d'Autriche, et le baron de Goltz, ambassadeur du roi de Prusse, remirent chacun une note dans ce sens au général Uissolle. La première, fort modérée, attirait l'attention du cabinet français sur la nécessité de s'entendre pour réprimer la révolution menaçante; la seconde, plus impérative, exposait que la Prusse avait des motifs plus directs de demander des mesures répressives, énergiques et immédiates. Le général Dessolle ne fit aucune réponse et se contenta simplement d'en accuser réception.