DECAZES ET LA LOI ELECTORALE
par les trois cents dans les arrondissements et un tiers par les plus imposés réunis au chef-lieu. L'âge des députés était abaissé. De Serre donna dans le piège tête baissée et montra une prodigieuse ardeur. Barante et Guizot ayant échoué dans leur tentative d'entraîner Royer-GoUard, M. de Serre le pressa vivement de se joindre à lui pour soutenir le projet.
« J'engage ma tête que nous réussirons, lui dit-il, si vous me secondez. »
« — N'en faites rien, lui répondit Royer, votre tête est fort bien sur vos épaules. Ce n'est pas à elle qu'on en veut, et il ne servirait à rien de se compromettre, mais comptez bien que je ne me lierai par aucune promesse dans une aussi importante question. »
Ceci mit de la brouille au camp des doctrinaires. Dès lors Royer fut froid avec M. de Broglie, au plus mal avec Guizot, moins intime avec de Serre, et se rapprocha des amis du marquis de Barthélémy.
La question qui se posait à tous les esprits, sauf à quelques doctrinaires et à la gauche, n'était pas de savoir si le ministère pourrait se maintenir, mais par qui il serait remplacé. Le retour du duc de Richelieu avait de nombreux partisans, dont la plupart ne voulaient pas de Decazes. Quelques-uns cependant voulaient le conserver. M. Ravez, <( homme plein de cœur, mais vulgaire et borné », ne rêvait que de la réunion de Decazes et de M. de Richelieu. M. Laine, au contraire, jugeant mieux la situation, n'attendait que mystification de la part de Decazes et déplorait la naïveté du duc, qui ne repoussait pas ouvertement l'idée d'une nouvelle collaboration avec le favori, tout en espérant qu'il n'y consentirait pas. Pasquier, de son côté, soignait sa clientèle et cherchait h se rapprocher de la droite. Il avait entretenu tout l'été une corres-
pondance suivie avec Ravez et lui avait envoyé à Bordeaux son mémoire sur les élections.
Les doctrinaires, comme on l'a vu, voulaient le maintien du ministère Dissolle. Royer-Collard chercha a les ramener à son opinion.
M Dans une réunion où se trouvaient Barante, Guizot, Mézy et plusieurs députés influents, il aborda toutes les grandes questions et ronclut à la nécessité de rappeler M. de Richelieu et de changer le ministère avant la session. Il foudroya la témérité de ceux qui, comme Barante et Guizol, voulaient risquer d'avoir la Convention par une réélection actuelle et totale et déclara que, quel que fût le nouveau ministère, il n'y avait de sûr et de raisonnable que le coup d'État par lequel la chambre actuelle se perpétuerait. Personne n'osa le contredire, excepté Barante qui, comme un forcené, veut tout risquer plutôt que de changer.
« Deux jours après, le 9 novembre, Royer vit de Serre seul et eut avec lui un très long entretien. 11 le laissa convaincu que le rappel de M. de Richelieu et un changement de ministère avant la session étaient inévitables, et résolu à y travailler de tout. son pouvoir. De Serre lui a même représenté la chose comme assez avancée, Decazes ne demandant pas mieux et ne voyant pas d'autre manière d'en sortir. La question est de savoir si Decazes restera avec le duc. De Serre le désire pour rester avec lui. Royer lui a répondu que si Decazes restait il g<àterait tout, et le pousse, dans l'intérêt de l'Ktat, à le faire partir.
« En traitant avec moi toutes ces questions et la difficulté qu'il y aurait h rien faire de ce qu'on médite ou de ce qui est nécessaire si l'on reste exposé au feu croisé des journaux et des pimphlets des deux partis, Royer conclut à apporter des restrictions à la liberté