‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 138 sur 232 · DISCOURS DE LA COURONNE. JU · texte numérisé non relu

DISCOURS DE LA COURONNE. JU

Le hasard servit mal M. Mole ce jour-là. Gapelle se trouvait chez M. de Vaux et assista à la conversation. Quelques jours auparavant, Decazes avait demandé à Monsieur de lui assurer l'appui des royalistes, et Gapelle avait été chargé de lui transmettre le refus du prince. Il est certain que l'intervention de M. Mole en faveur de Barante allait être rapportée au pavillon de Marsan et présentée comme un appui donné aux doctrinaires. « Nouveau et beau prétexte à la calomnie », conclut-il.

La rédaction du discours de la Couronne n'était pas chose aisée. Il ne s'agissait pas seulement de faire des promesses, de parler de concessions, de garanties nouvelles pour la liberté, comme les ministres n'avaient cessé de le faire depuis l'ordonnance du 5 septembre- La Couronne voulait réformer la loi d'élection et certains articles fondamentaux de la Charte. Mais la situation était délicate. Les mesures proposées pouvaient paraître le résultat d'un concert politique en Europe. Les résolutions prises à Carlsbad avaient été considérées sous un aspect nettement réactionnaire, ♦'t le Régent d'Angleterre, venant d'ouvrir son parlement, parlait dans son discours de réprimer les factions avec le concours des Communes. Si le discours de la Couronne en France exprimait les mêmes idées, les partis allaient les proclamer comme la suite d'une résolution concertée entre les souverains et dirigée contre la liberté européenne. M. Pasquier se chargea de la rédaction. Il annonçait l'intention de changer de système et d'arrêter les progrès de la révolution. Le Roi disait que nos rapports avec l'Europe reposaient sur les principes d'une mutuelle indépendance; les négociations avec Rome étaient arrivées à leur fin et les libertés de l'Église de France conservées intactes.

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