‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 140 sur 232 · PREMIÈRES DIFFICULTÉS · texte numérisé non relu

PREMIÈRES DIFFICULTÉS

ceux-là qui avaient besoin d'en être couverts ont-ils seuls conserve le triste droit de s'en souvenir? » L'élection fut annulée à une imposante majorité. Royer- Collard avait renoncé à intervenir.

Le ministère était loin d'être rassuré. Ses premiers essais lors de la discussion de l'adresse ne lui annonçaient pas une majorité forte et constante, surtout dans les questions constitutionnelles. Le parti des indépendants s'agitait ; sa presse était liguée contre tout changement à la loi électorale. Des pétitions circulaient. Les libéraux, qui, quelques mois auparavant, trouvaient cette loi si imparfaite, la représentaient dès lors comme l'unique sauvegarde des libertés constitutionnelles. Fleurs journaux, tels que le Censeur et la lienommée , se laissaient aller à tous les excès, prédisant, selon leur habitude, le rétablissement des droits féodaux et des dîmes, la restitution des biens nationaux. Ils préparaient un éclat dans la chambre, une révolution dans le pays.

L'accueil fait à son ministère n'était pas encourageant pour Decazes. Pour faire passer sa loi électorale, il n'avait que deux moyens, la prorogation de la chambre ou le coup d'Ltat. Il fit répandre de fausses rumeurs : le duc de Richelieu, affirmait-il, disait que seule la prorogation de la chambre pendant trois ans rassurerait l'Europe; M. Laine était représenté comme appuyant cette idée. M. de Richelieu était au contraire partisan du coup d'État. « Il est entièrement dominé par Decazes et Pasquier, le pauvre et excellent homme », dit M. Mole. Germain, lui, se ralliait à un coup de force et conseillait à Decazes de présenter sa loi et, si elle n'était pas votée, de dissoudre la chambre.

C'était sur de Serre, sur son éloquence et son influence sur les doctrinaires, que Decazes comptait

Page 1