INSURRECTION DE CADIX
Ferdinand dut consentir au rétablissenienl de la constitution. Le Journal des Débats relata l'événement en l'exagérant. L'impression fut considérable en France, les partis avancés s'en réjouirent, l'inquiétude grandit parmi les royalistes. Au pavillon de Marsan, la consternation fut à son comble. Dînant chez M. Mole, Capelle lui confia que Monsieur méditait, si le mal allait trop loin et si le Roi refusait d'appliquer ce qu'il appelait les remèdes, de protester publiquement et de se retirer même hors de France, jusqu'à ce que l'ordre de succession l'y rappelât.
Avant de rentrer chez lui, le comte Mole parut un instant à la soirée que donnait M"® de Rumford. Une nouvelle surprise l'attendait. Il y retrouva une amie de M™® Mole, avec laquelle il n'avait eu jusque-là que des relations purement mondaines. Elle portait une robe noire, ses traits reflétaient une profonde tristesse qui j fut remarquée de tout le monde. « Elle détourna la vue quand je m'approchai d'elle, écrit-il; en se retirant, elle m'aborda en m'adressant quelques [laroles que l'altération de sa voix et les larmes qui étaient dans ses yeux m'empêchèrent de bien entendre. »
Le projet ministériel de loi électorale continuait à occuper tous les esprits. Royer-Gollard y était hostile, \ et réunissait des matériaux pour le combattre. Decazes préconisait une chambre élue pour neuf ans, renouvelable par tiers tous les trois ans. Royer reprochait à cette loi d'être essentiellement démocratique et de consacrer le principe de la souveraineté du peuple, en faisant abstraction tant du Roi que de la chambre des pairs. Il s'entendit avec LafTitte, chef d'un important i groupe ministériel de gauche, pour éviter les écarts de ; ces représentants qui risquaient d'augmenter le nombre ! des voix favorables au projet. Il revenait d'ailleurs à la
même conclusion : la situation ne pouvait être sauvée que par la chute du favori et un coup d'État tenté par ses successeurs.
' M. Laine, lui aussi, souhaitait le rejet de la loi, pour forcer Decazes à la retraite et rendre un coup d'État inévitable, « ne pouvant soutenir avec honneur et dignité, à la tribune, confiait-il k M. Mole, un projet présenté par Decazes ». Le coup d'Etat lui semblait la ^iernière ressource, mais présentant cependant certains dangers. « 11 peut, disait-il, être plus funeste à la dynastie qu'à la société. Les hommes libres d'engagements pourront opter entre la société et ladynastie, mais vous ai moi devons tomber avec cette dernière. »
La situation n'était pas aisée pour Louis XVIII, obligé ■de résister à la fois aux ennemis de sa maison et aux royalistes partisans de moyens violents dont il ne voulait pas.
M. de Villèle, de son côté, ne voyant pas que la question à résoudre allait bien au delà de la loi qu'on voulait faire, s'en occupait avec ardeur et intérêt, comme si elle pouvait tout sauver. « Bien petit homme d'Etat ». remarque en passant M. Mole.
Les mesures extrêmes, où l'on risquerait le tout pour le tout, répugnaient à M. de Villèle, qui voulait gagner du temps dans l'espoir d'un autre règne, n'attendant rien de celui-ci et regardant comme impossible de rien faire tant qu'il durerait.
Ce calcul semblait » être a la fois celui de son esprit et de son ambition ».
Decazes imagina tout à coup de réunir un conseil privé pour l'examen de la nouvelle loi. Outre les six ministres, devaient y prendre part MM. Dambray, de Richelieu, Laine, Garnier comme ministres d'Etat, Mounier et Guvier comme conseillers d'Etat. La présence de M. de Richelieu à ce conseil remplit Pozzo