RÉUNION DU CONSEIL PRIVE
de tristesse et de découragement. Il voyait à regret le duc se compromettre h la suite de Decazes et sembler soutenir une politique que lui, Pozzo, avait pour mis- .sion sinon de contrecarrer, du moins de déconseiller. M'"® de Montcalm avait beaucoup travaillé à faire entrer son frère dans cette intrigue. A un bal chez M"* de Jumilhac, elle confia à M. Mole qu'elle ne cessait depuis longtemps d'engager M. Pasquier à réunir de telles personnalités pour examiner la loi. « C'est toujours, comme on l'a dit, écrit M. Mole, Joseph vendu par ses sœurs. »
Le duc de Richelieu se croyait, en conscience, obligé de prendre part à ces réunions, ne se rendant pas compte de la manœuvre. Il se plaignit à M. Mole de la fatigue de ces conseils si prolongés. « Au reste, ajouta-t-il assez naïvement, nous allons, je l'espère, en finir, et en vérité si la loi n'est pas bonne, ce sera notre faute, car nous sommes les maîtres d'en faire ce que nous voudrons. » « Je finis ma journée, continue M. Mole, chez Portails, où je trouve Germain ' avec un pied de nez de se voir si bien mystifié par Decazes. »
M. Laine était loin de se réjouir de paraître aux séances du conseil privé. Il sentait cruellement le coup que Decazes lui avait porté en l'y appelant, mais il n'avait pas cru pouvoir se dérober à une convocation faite au nom du Roi. Il était surtout blessé dans son amour-propre de se voir présidé par Decazes et rangé au nombre de ses conseillers.
A peu de jours de là, M. Mole rendit visite au duc de Richelieu et affecta de ne pas lui parler des conseils privés. Plusieurs fois, le duc essaya de lui exposer ses vues, mais à chaque tentative, M. Mole détournait la
i. Il avait espéré que Decazes l'appellerait au conseil privé.