‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 145 sur 232 · ASSASSINAT DU DUC DE BERRY · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DU DUC DE BERRY

Cette note fit malgré tout une certaine impression sur l'esprit du duc, qui alla le lendemain s'en entretenir avec Pozzo.

Laine et Germain avaient vivement, mais inutilement combattu le projet. Le premier avait fait tout ce qu'il avait pu pour le maintien de la Charte et le rejet du renouvellement intégral, mais le favori l'avait emporté. « Du reste, dit-il, la faiblesse du Roi pour Decazes est plus grande que. jamais. »

Royer-Collard, également hostile k la loi, chercha à réunir contre elle les voix de la gauche. Celle-ci comprenait deux groupes importants ayant à leur tête, l'un M. Terneaux, l'autre M. Laffîtte. Royer s'était déjà assuré le groupe Terneaux ; il parvint aussi à se concilier celui de Laffitte. Mais ces négociations l'engageaien-t lui-même de plus en plus, plus môme qu'il ne l'aurait désiré, avec la gauche de la chambre.

Le 12 février, M. GrefTulhe, déjà atteint de la maladie qui devait l'emporter peu de jours après, donna un bal masqué. Le duc et la duchesse de Berry y parurent et M. Mole eut avec le prince une longue conversation. C'était le dernier entretien qu'il devait avoir avec lui.

Le lendemain, au sortir de l'Opéra, le duc de Berry tombait sous le poignard de F^ouvel. tl y avait ce soir-là « mascarades, folies chez M"" de la Brichf, au milieu desquelles la nouvelle de l'assassinat du prince tomba comme la foudre, ou comme la mort ».

La consternation fut générale. Pour le ministère ce fut la catastrophe.

Les passions s'exaspérèrent, les bruits les plus invraisemblables se répandirent. Les uns attribueront à la rivalité des deux branches delà Maison de Bourbon ^! un crime qui devait faire passer la couronne à la

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branche cadette. D'autres le considérèrent comme l'œuvre directe et concertée d'un parti qui voulait anéantir la famille royale. On poussa même l'absurdité et la calomnie jusqu'à accuser Decazes de complicité avec Louvel. Ce triste attentat n'était que l'œuvre d'un isolé dont l'imagination était exaltée par la lecture des journaux révolutionnaires, auxquels la liberté de la presse permettait de prêcher chaque jour le régicide, la révolte et l'assassinat.

L'effet produit sur l'esprit de Louis XVIII par la mort du duc de Berry fut immense. Le Roi prévit que la foudre allait tomber sur son ministre. « Mon enfant, lui dit-il, les ultras nous préparent une guerre terrible. Ce n'est pas votre système, c'est le mien qu'ils attaqueront; ce n'est pas à vous qu'ils en veulent seulement, c'est h moi. » Decazes se déclara prêt à donner sa démission. Louis XVIII répliqua : « J'exige que vous restiez au ministère ; ils ne me sépareront pas d'avec vous. »

Un conseil de cabinet fut réuni auquel prirent part Mounier, Portalis, Fontanes, le duc de Lévis, Lally et Garnier. Il fut résolu de demander aux chambres la suspension de la liberté de la presse et de la liberté individuelle, et de convoquer la chambre des pairs comme cour judiciaire.

Après les premières larines données à la mémoire du duc de Berry, les ultras éclatèrent en sanglants reproches. Le passage fut trop rapide de la douleur à la fureur politique. La presse d'extrême droite se livra contre Decazes à une campagne d'injures et d'outrages aussi injuste que violente, et M. de Martainville, dans le Drapeau Blanc, dépassa toute mesure.

Les deux chambres firent des adresses au Roi. Celle des pairs, votée à l'unanimité sur la proposition

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