‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 148 sur 232 · LOIS D EXCEPTION · texte numérisé non relu

LOIS D EXCEPTION

duc de Richelieu et aidé en cela par Pasquier et son entourage, cherchait à éloigner le duc de M. Mole». u Frédéric, de Mun, sont bien mal pour moi », constate ce dernier.

Le 14 février au soir, le conseil des ministres se réunit. « Je veux. Messieurs, dit Louis XVIII, sauver notre pays sans les ultras, si c'est possible. Cherchons une majorité en dehors des amis de M. Glausel et de M. de la Bourdonnaye. » On arrêta définitivement le projet de loi édictant des mesures préventives contre les journaux. On voulut établir la nouvelle censure sur quelques garanties en constituant une commission composée de pairs et de députés, chargée de veiller à l'exercice impartial du pouvoir discrétionnaire que le gouvernement demandait aux chambres. C'était une idée de M. de Fontanes, incompatible avec la responsabilité ministérielle ; cependant elle fut adoptée avec quelques modifications.

Un second projet, présenté par M. Pasquier, avait pour objet la suspension de la liberté individuelle- Tout individu prévenu de machinations contre la personne du Roi, la sûreté de l'Etat et les personnes de la famille royale pouvait être arrêté et détenu sur un ordre délibéré en conseil des ministres et signé de trois ministres au moins. Cette loi d'exception ne pouvait avoir plus d'un an de durée, si elle n'était pas renouvelée. Pensant pouvoir obtenir plus facilement le vote de ces deux lois, le conseil décida de présenter le même jour aux chambres le projet de loi électorale. C'était une faute de tactique, et confondre une loi permanente et fondamentale avec dos mesures d'exception.

Decazes ne pouvait chercher une majorité qu'au centre et parmi les doctrinaires. Il tint une confé-

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rence chez lui avec MM. Terneaux et Laffitte et s'assura dateur appui; Royer-Gollard, Germain et Barante assistaient à l'entretien. Ils promirent l'appui (le leur groupe, sous la condition que les lois d'exception seraient amendées suivant leurs désirs, et ce fut sous cette forme que l'entente fut conclue.

Les doctrinaires exultèrent du succès qu'ils venaient de remporter, et se crurent les maîtres de la situation. Le soir, le duc de Broglie donnait une réception où Villemain, Germain, Barante et de nombreux doctrinaires étaient présents et proclamaient bien haut que Decazes triomphait et que le Ghàteau élait vaincu.

Leur succès devait être de courte durée. Les trois projets ministériels furent mal accueillis par les chambres; les journaux de droite, et spécialement le Journal des Débals et le Conservateur, entamèrent une violente campagne contre le favori , qu'ils désignaient comme le seul obstacle à la formation d'une majorité monarchique, et à son tour le Château allait intervenir.

Durant les deux premiers jours qui avaient suivi l'attentat de Louvel, Monsieur n'avait témoigné aucun ressentiment contre Decazes. La mort du duc de Berry avait rapproché les deux frères. Monsieur profita de cette situation pour essayer d'obtenir le renvoi de Decazes. Accompagné de Madame, il se rendit chez le Roi et demanda nettement à Louis XVIII un changement de système. « Nous marchons à une révolution, Sire, ajouta la duchesse d'Angoulême; conjurez l'orage, il en est temps encore. M. Decazes a trop froissé les royalistes pour se rapprocher d'eux, qu'il cesse de faire partie de votre conseil, et tous viendront se réunir pour prêter main forte à votre gouvernement. »

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