ET LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE
accusations contre le favori. Le duc s'attrista de cette défection, surtout de l'idée de soupçonner la sincérité de Decazes.
Le Roi avait fait venir Saint- Aulaire avant la séance, pour lui exprimer sa volonté de voir les amis de l'ancien ministre soutenir le nouveau gouvernement.
« M"* de Saint-Aulaire raconta ce qui suit à M"* de Mun : « Saint-Aulaire avait préparé un discours en réponse à Clausel. Pasquier, le sachant, le fit éveiller dans la nuit pour le supplier de faire le sacrifice de son discours et laisser Clausel retirer sa proposition. Saint-Aulaire ne voulut rien promettre, disant que c'était une affaire particulière entre Clausel et lui, dont les ministres n'avaient pas à s'occuper. Le lendemain, il reçut un billet du duc de la Châtre, lui annonçant que le Roi le recevrait à une heure. Il y fut. Le Roi eut les larmes aux yeux en le voyant entrer et lui montra de la main le portrait de Decazes en face de celui de Madame et à la place de François I•^ « Voilà tout ce qui me reste, s'écria-t-il, on a pu me l'arracher, mais non l'ôter de mon cœur. Au reste, vous le savez, je ne l'ai laissé partir que pour le sauver, pour le conserver, lorsque je ne pouvais plus le défendre. » Le Roi tenait un livre de poste ouvert à la route de Bordeaux, calculait où devait être Decazes au moment où il parlait, et s'étonnait que la première lettre qu'il eut reçue de lui eût retardé de quatre heures.
« 11 dit ensuite à Saint-Aulaire qu'il fallait laisser Clausel retirer sa proposition, que ses ministres le demandaient, et avec raison, afin d'éviter tout ce qui pouvait accroître les haines, et qu'il le chargeait de le dire à tous les amis de Decazes. »
Cet avis ne fut pas suivi. Les doctrinaires évincés