‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 155 sur 232 · PROJET DE PROCLAMATION ROYALE · texte numérisé non relu

PROJET DE PROCLAMATION ROYALE

les projets à Pasquier, qui reçut la mission de présenter une rédaction définitive. « Du reste, dans ce ministère, comme autrefois dans le nôtre, il manque de direction, de plan, de vues générales, continue M. Mole. Trois jours après, j'allai chez le duc de bonne heure; je le trouvai fumant sa pipe avec M, de Walmoden après déjeuner. Cette fumerie durant depuis une heure, j'allais m'en aller lorsqu'il me pria de passer dans son cabinet pour me montrer quelque chose. C'était la nouvelle proclamation de Pasquier. Elle n'était pas même en français. Elle ne renfermait ni une intention, ni une idée. On ne conçoit pas comment on peut concilier cette absence complète de talent, cette ignorance absolue des règles du langage avec la facilité d'élocution que Pasquier porte à la tribune. J'en dis franchement mon avis au duc, qui, ne sachant plus h quel saint se vouer, me prie d'aller trouver Laine, de relire avec lui tous les projets et dire ce qu'il en pensait; mais, la veille, j'avais fait part de mes réflexions sur l'opportunité du moment qu'on choisissait pour faire cette déclaration. A mon avis, il. fallait la faire paraître dans les trois jours qui suivirent la mort du duc de Berry ou attendre la fin de la session. Mounier, frappé des raisons que je lui donnai à l'appui de mon opinion, les communiqua à Pasquier, qui, à son tour, en écrivit au duc, tout en persistant dans l'avis de proclamer. Laine, consulté à son tour, inclina vers l'affirmative, mais il fallait lire sur sa figure l'expression de son profond dédain lorsqu'il lut la proclamation de Pasquier. Los paroles lui manquèrent pour le peindre. Il me chargea de dire au duc qu'il n'y avait pas autre chose à fair<i qu'à adopter le projet de Fontanes avec toutes mes corrections et me charger avec ce dernier de la rédac-;

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tion définitive. Je faisais mon rapport au duc lorsque Villèle arriva. Il fut consulté à son tour. Il repoussa d'abord comme dangereuse la rédaction de Fontanes, trouva que celle de Pasquier ne souffrait pas même l'examen et conclut, après m'avoir entendu, à attendre la fin de la session. Pasquier survint sur ces entrefaites et, imposé par l'avis de Villèle réuni au mien, consentit à tout ajourner. Ce dernier me charg3a de faire avaler à Fontanes la pilule et de lui annoncer que le Roi lui accordait les entrées du cabinet. Je m'en acquittai avec succès. »

La discussion de la loi sur la presse donna lieu à des scènes de violence à' la suite desquelles Roy se battit avec le député Gorday. La gauche, les doctrinaires, firent une vive opposition. Dans la presse, dans l'opinion, régnait la même agitation. Néanmoins, la loi passa à une majorité de 19 voix.

Le ministère avait réussi à faire adopter les mesures d'exception. La loi d'élection allait présenter plus de difficultés. Le duc de Richelieu en était resté au projet déposé par Decazes. M. Mole chercha à lui ouvrir les yeux sur l'opposition qu'il rencontrerait dans les chambres et profita de cet entretien pour lui apprendre, à son grand étonnement, que quelques-uns de ses amis avaient, l'été précédent, cherché à le faire revenir au ministère avec Decazes, puis que Royer avait tenté de séparer de Serre du favori, dans l'espoir de former un cabinet d'amalgame ayant le duc à sa tête. Il le mit ensuite en garde contre de nouveaux pièges. Decazes était resté en communication avec ses amis. Ceux-ci projetaient de le faire revenir de Libourne en même temps que de Sarre reviendrait de Nice, pour constituer un ministère de gauche. Le duc en fut frappé et, plein d'un amer dépit, s'écria qu'il n'était

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