ATTITUDE DE M. UB VILLÈLE
niaJiement fait pour déjouer tant d'intrigues. M. Mole insL^a die nouveau sur la nécessité de retirer la loi et d'en proposer une autre. 11 n'obtint d'autre résultat que de susciter la colère du duc, qui lui répondit que la loi présentée était excellente. Cette opinion lui #ait en réalité imposée par la crainte d'avoir à lutter contre Pasquier et surtout contre Decazes. La conversation fut interrompue par l'arrivée de M. de la Tour du Pin, que le ministère envoyait en Espagne.
Cette résolution de M. de Richelieu de ne rien changer à la loi inquiétait M. Mole. Il se rendit chez M. de Villèle. Il obtint de lui d'attendre que le travail de la commission fût plus avancé pour attaquer le ministère, et on convint que M. de Villèle et M. de Corbières retarderaient de huit jours la démarche qu'ils comptaient faire auprès du duc. Monsieur exigeait que Decazes ne revînt à Paris qu'après l'adoptian de la loi ; le duc de Richelieu promit que si le favori passait par la capitale pour se rendre en Angleterre, il ne resterait pas plus de huit jours.
L'ambassade de Londres n'était pas la seule à pourvoir. Celle du Brésil n'avait pas de titulaire. Chateaubriand la briguait et le Roi la lui avait presque promise, sur la. demande du duc de Richelieu, quand la phrase fameuse « les pieds lui ont glissé dans le sang » vint tout empêcher'.
1. Dans le ConserveUeur du 3 mars 1820, Chateaubriand écrivait un violent article contre Decazes qui se terminait ainsi : « Nos larmes, nos gémissements, nos sanglots ont étonné un imprudent ministre : les pieds lui ont glissé dans le sang; il est tombé. )>
Dans les Mémoires (Vouire-Tombe, il revient sur cette phrase (t. IV, p. 142) :
« ... Enfin, la mort de M. le duc de Berry accrut les inimitiés de part et d'autre et amena la chute da favori. J*ai dit ^que les
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M. Mole avait obtenu un répit de M. de Villèle, il «'efforça de parer à une autre menace. Royer-Collard, « cet homme faible et variable », avait renoué avec les doctrinaires et était retombé sous leur influence. Il voulait se déclarer contre le ministère. « Du reste, dit-il à M. Mole, je considère les Bourbons perdus sans ressource ». II se prêtait aux intrigues de ceux qui rêvaient d'un nouveau ministère, mais ne consentait à les suivre que si Decazes en était exclu. Il fallait attendre Le retour de M. de Serre. Pour gagner du temps, Royer persistait à vouloir faire traîner en longueur L'examen de la loi de» élections. M. Mole l'engagea vivement à aller trouver le duc et à s'expliquer franchement avec lui. Royer-Collard le promit, mais Guizot, arrivant sur ces entrefaites, mit fin à la conversation:.
Les intrigues nouée» autour de Decazes causaient une certaine inquiétude aux amis du duc. M. Mole vint s'en entretenir avec Mounier. Celui-ci les lui confirma et lui apprit que M. de Saint-Aulaire venait de partir pour Liboume, après avoir eu une longue auilience du Roi. L'attention de Mounier était surtout occupée par l'accomplissement de sa nouvelle fonction. Ses idées sur la police étaient loin d'être celles de l>ecazes. Il voulait la régénérer et lui donner « le <*aractère d'une magistrature, en remplaçant par d'honnêtes gens la canaille dont se composaient ses agents ». C'était une lourde tâche sous le fardeau de laquelle il parut physiquement et moralement affaissé.
M. Mole réunit un soir à diner Pozzo, qui lui confia que l'empereur Alexandre voulait une nouvelle réu-
pieds lui glissèrent dans le sang, ce qui ne signifie pas, à Dieu ne plaise, qu'il fut coupable du meurtre, mais qu'il tomba dans la mare rougie qni se forma sous le couteau de Louvel. »
34i LES PARTIS ET LA REFORME ELECTORALE.
nion des souverains à Aix-la-Chapelle, M. de Richelieu, Villèle, Fontanes, Glerniont-Tonnerre, Doudeauville, Maine de Biran. M. de Villèle avait un enfant malade h Toulouse et parla de son intention d'aller passer quinze jours auprès de lui. Il lui fut représenté combien sa présence était nécessaire pour contenir rim})atience et l'indiscipline de ses amis, pour négocier l'affaire de la loi des élections et conserver au ministère sa majorité. I) promit d'en parler au duc. Après le dîner, il le prit à part et eut une longue conversation avec lui, à l'issue de laquelle il rapporta à M. Mole qu'il se mettait à la discrétion de M. de Richelieu et irait le lendemain conférer avec lui sur la loi des élections et prendre une résolution au sujet de son départ.
Les convives venaient de se retirer quand M. Mole vit entrer, à son grand étonnement, la grande dame qui le printemps précédent avait précipitamment quitté Paris pour s'éloigner de lui. Elle était triste et préoccupée. Elle demanda à voir les deux enfants de la maison et passa autour du cou de l'aînée le collier qu'elle] portait au sien, puis chercha, sans succès, l'occasion d'un entretien particulier. « Embarras mutuel. S Que tout cela deviendra-t-il? » se demande M. Mole. 11 n'eut d'autre ressource que de la reconduire jusqu'à sa voiture.
La réforme électorale, telle que l'avait présentée Decazes,|comportait le renouvellement quinquennal et l'augmentation du nombre des députés. La niajorité y était opposée parce que ces dispositions étaient contraires à l'esprit de la Charte. La seule concession qu'elle admit fut que les collèges départementaux seraient fractionnés en collèges d'arrondissement. Ce projet déplut aux royalistes, dont les plus impatients