‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 157 sur 232 · LES PARTIS£T-^A RÉFORME ÉLECTORALE · texte numérisé non relu

LES PARTIS£T-^A RÉFORME ÉLECTORALE

voulaient purement et simplement repousser la loi tout entière et mettre. le ministère en minorité. M. de Villèle cherchait avec peine à les calmer, aussi la perspective de son prochain départ inquiétait-elle M. Mole. Ce dernier retourna chez M. de Richelieu et irjsista sur la nécessité de le retenir à tout prix. Le duc lui apprit le soir qu'il y avait réussi et qu'ils avaient résolu d'étudier un projet dont la rédaction lui serait envoyée.

Les royalistes, s'opposant au fractionnement des collèges départementaux, on dut y renoncer et l'on revint aux deux degrés, mais les chefs de la majorité monarchique n'étaient pas d'accord sur le mode d'exécution. Après de longs pourparlers on s'arrêta au système suivant : le collège départemental fut divisé en collèges d'arrondissement. Le premier comprenait le cinquième des électeurs pris parmi les plus imposés, les seconds les quatre cinquièmes restant. Les collèges d'arrondissement nommaient chacun, à la majorité absolue, autant de candidats qu'il y avait de sièges k pourvoir, et le collège départemental choisissait les députés parmi ces candidats. M. Siméon fut chargé de la rédaction, aidé de Pasquier et de Mou nier.

Le côté gauche s'éleva contre ces dispositions, refusant au gouvernement le droit de substituer un nouveau projet à celui dont les chambres étaient déjà saisies. Les doctrinaires se séparèrent alors de la gauche pour sauvegarder l'initiative de la couronne. Cependant la commission n'adopta le projet que par cinq voix contre quatre, et M. Laine fut chargé du rapport. Celui-ci allait se trouver dans une position assez délicate et hésita longtemps avant d'accepter. Ayant été l'un des principaux auteurs de la loi du

346 LES PARTIS EJC LA BÉFOKME ÉLEÏGTOWAJLE.

5 février 4-816, il devait maintenant défendre les dieux diegirés «oaWe lesquels il s'était jadis élevé. Rien n'étaitmoins certain que leur adoption par la chambre; aussiî M.. Laine proposait-il de les présenter d'abord aux pairs, qui leur étaient favorables, pensant que les députés seraient influencés par leur exemple. M. Mole lui fit remarquer que le résultat serait piresque certainement le contraire de ce qu'il désirait. Laine déclara qu'il fallait dans ce cas renoncer aux deux degrés. D'ailleurs, le centre voulait maintenir le vote direct et il était à prévoir qu'il faudrait le conserver. 0» songea alors, comme correctif, h réduire le cens et le nombre des électeurs.

« Le soir, écrit M. Mole, Maine de Biran vient chez moi, tout épouffé, me demander s'il était vrai que je déconseillais de porter la loi aux pairs. Je lui répondis qju« je ne donnais pas de conseil, que je refusais toute responsabilité. Je dis seulement ce que je voyais et prévoyais, le mauvais effet sur le public et les deux chambres de la présentation aux pairs, tout en croyant que la loi, telle qu'elle serait, aurait la majorité chez eux. J'allai le lendemain chez le duc et lui répétai le même discours. Il m'apprit que le ministère allait remplacer la proclamation royale, à laquelle il renonçait, par une circulaire aux préfets, sigmié Richelieu. Mounier la rédigeait et me la commumiquerait. Il ajouta que Laine, Villèle, Corbières, Saint-Cricq, Maine de Biran devaient se réunir dans la matinér pour aviser h un parti définitif sur la loi des^ élections.

« (Conversation avec Sémonville aux Tuileries. C'est un orléaniste honteux. Il me confie mystériousement que le Roi a le dévoiement; que le dénouement approche, que la minorité des députés est décidée à tout tenter; qu'il est question de tous les^ attftintals

____---*nï:gdote&. 347

possibles, enfin que les bonapartistes tels que Marmonfe, Càuliaincourt, etc., renoncent à leurs projets et se foTit orléanistes. Quel personnage d'intrigue et de comédie que Sémonville ! Ce n'est plus de notre temps. »

M. Mole n'abandonnait pas ses projets d*amba«sade. Il écrivit au dtic pour lui demander celle de Turin, et essuya un refus déguisé sous les protestations de la plus constante amitié qu'accompagnait une invitation à diner. Il ne put l'accepter, parce qu'il était prié depuis longtemps chez M"* de Broglie avec M"* de XX.., et Talma. Ce dîner fut un mécompte pour cette dernière. Le matin, elle avait écrit à M. Mole pour lui demander àe l'en ramener et il n'avait pas voulu y consentir. « Pendant toute la soirée, dit-il, elle fut gauche, hors de mesure et cherchant à faire de l'effet. Elle se retira fort mécontente de moi. M*** de Broglie fut simple et aimable, mais importunée de tout cela, Talma spirituel et intéressant. »

Cependant M. Mole commençait à faiblir. Trois jour.9 après ce diner, M°* de XX... lui demaroda une entrevue. <( Pau^'Te et innocente créature ! » concèdel-il. « C'était pour me dire qu'elle voulait recourir à la religion et renoncer h moi. Elle me rapporta la manière noble et touchante dont elle avait parlé d'elle-même et de moi à l'abbé Frayssinous qui la dirige. Elle fut, il faut l'avouer, plus malheureuse que coupable. »

« Cambaeérès* vient me voir, continue-t-iP, et me fait passer deux agréables heures en me racontant des anecdotes de la Convention, du Consulat et des Cent

\. Gambacérès était rentré en France 'au début do ministère DessoUe.

Page 1