ANECDOTES
Napoléon et le mettre en leur puissance par un crime •qui le mettrait en complicité avec eux, et après lequel il ne pourrait rien leur reprocher de leur vie révolutionnaire*. »
Pozzo suivait de près les événements ; il envoya à Pétersbourg une longue et importante dépêche qu'il montra à M. Mole. C'était un tableau finement composé de notre situation et de celle de l'Europe, où il se montrait toujours favorable aux Bourbons et attaché à la France.
Laine, à qui M. de Richelieu adressait tous les matins un billet pour le presser de rapporter la loi des élections, accepta enfin et en proposa l'adoption à la chambre. La discussion s'ouvrit le 26 avril.
Deux nuances d'opposition allaient se manifester. L'une, composée de l'extrême gauche, ne voulait aucun changement à la loi de 1816. L'autre comprenait les doctrinaires et le centre-gauche et était représentée par Courvoisier, Roy er-Col lard, Terneaux et Saint-Aulaire. Ceux-ci acceptaient les dispositions secondaires du projet, mais voulaient maintenir à tout prix le principe de l'élection directe, et ne con-
1. Parmi diverses notes laissées par le comte Mole, nous trouvons ce qui suit :
« D'Hauterive m'a raconté que le jour de la mort du duc d'Enghien, il fil une sortie violente à M. de Talleyrand sur cet atroce attentat. >1. de Talleyrand l'écoutait, tout en continuant sa toilette. Son visage semblait plus blême que de coutume. Quand M. d'Hauterive eut fini, M. de Talleyrand lui répondit avec un accent aussi désintéressé que son visage : « Un ennemi du pays est quelque part, on le prend, on le tue, il n'y a là de quoi ni s'étonner, ni s'indigner. » D'Hauterive m'a encore dit qu'il avait retiré des mains de Gaillard et rendu à M. de Talleyrand une lettre de ce dernier où il proposait à Bonaparte de faire enlever Louis XVIII, à Blankenberghe, comme il a fait enlever depuis l'infortuné duc d'Enghien. »