‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 161 sur 232 · DISCUSSION DE LA REFORME KLECTORALE · texte numérisé non relu

DISCUSSION DE LA REFORME KLECTORALE

28 mai un long entretien. Il est plus que jamais en guerre avec les ministres. Il a vu de Serre la veille, en parle les larmes aux yeux comme d'un homme qu'il aime et qu'il regrette. Du reste, il se juge avec celte sorte d'indépendance et de supériorité que portait si loin Bonaparte. « Non, dit-il, je ne serai pas ministre, mon caractère me rendrait impossible de me tenir à la seconde place, et je manque des qualités essentielles pour la première. D'ailleurs ma position, ma naissance, ne me donneraient pas la force nécessaire pour mettre la Cour à la raison. En définitive, j'aurais pu être un assez bon roi légitime, je serais un très mauvais ministre. »

La priorité accordée à l'amendement de Camille Jordan rendit l'espoir aux partisans de l'ancien système électoral. Si l'amendement était adopté, c'était la chute du ministère. Germain, Guizol, tous les doctrinaires en un mot, qui voulaient, à l'exception de Royer-Collard, rappeler Decazes au pouvoir, travaillèrent avec une égale ardeur k faire rejeter la loi. La situation fut rendue plus difficile par une maladresse de M. de Serre et de Pasquier. Ils commirent la faute de dire à la tribune qu'ils préféraient de beaucoup la loi du 5 février à celle qui établissait les deux degrés, et qu'ils regardaient celle-ci comme un simple pis aller auquel la résistance de la chambre les avait forcés de recourir. S'appuyant sur ces paroles, Courvoisier parcourait les couloirs de la chambre, disant tout haut qu'il allait proposer de revenir à l'ancienne loi et que sa proposition serait admise. En effet, plusieurs ministres étaient enclins à abandonner les deux degrés pour se rapprocher des doctrinaires. M"^ de Monlcalm le confirma à M. Mole, et fit tous ses efforts pour en détourner son frère, qui commençait à être ébranlé.

Page 1