TROUBLES DANS PARIS
Néanmoins, le 3 juin, le premier article fut adopté. Un incident grave vint compliquer la situation.
Le côté gauche de la chambre visait à un autre appui qu'à celui de la tribune et du scrutin. Il voulait soulever l'opinion. Le discours de la Fayette s'adressait aux masses bien plus qu'aux députés; Manuel et Benjamin Constant, Suisse venu en France sous la Convention, avaient adressé un appel enflammé à la jeunesse des écoles. Les esprits étaient surexcités. Une démonstration de M. de Chauvelin mit le feu aux poudres. Celui-ci, malade, se fit porter à la chambre dans une sorte de litière et vota avec ostentation contre le projet de loi. A sa sortie, il fut acclamé par la foule massée sur la place du Palais Bourbon. Il n'y eut pas d'autre incident ce jour-là, mais le lendemain des contre-manifestants se trouvèrent en face de ceux de la veille; aux cris de « Vive la Charte », répondirent ceux de « Vive le Roi », des bagarres se produisirent, des députés furent insultés et menacés.
Les doctrinaires entrèrent en fureur. Casimir Périer, Guizot, Barante, réunis le soir avec toute la h doctrine » chez M™^ de Broglie, crièrent vengeance. Ils racontèrent que les députés de la gauche avaient été frappés et que le tumulte avait été causé par des gardes du corps déguisés. A la séance du lendemain, ils prirent l'initiative de l'attaque, et Camille Jordan demanda que les séances fussent suspendues tant que les ministres n'assureraient pas la liberté des discussions et que les coupables ne seraient pas punis.
L'agitation croissait. La foule se porta en masse aux Tuileries, des coups de feu éclatèrent; un jeune étudiant, nommé Lallemant, fut tué. A la tribune. Manuel dénonça le ministère comme l'auteur de tous ces troubles; Benjamin Constant revint à la charge. M. de