‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 165 sur 232 · REVOLUTION DE NAPLES · texte numérisé non relu

REVOLUTION DE NAPLES

Guizot, Barante, Camille Jordan, furent rayés du conseil d'Etat et un certain nombre de préfets destitués. M. de Barante fut nommé ambassadeur à Copenhague quelques jours après.

Le 5 juillet suivant, une révolution éclatait à Naples et le général Pépé imposait une constitution libérale au roi Ferdinand I®'. La situation du duc de Narbonne, notre ambassadeur, en fut ébranlée et le ministère résolut de le rappeler. M. Mole, appelé par le duc de Richelieu, fui pressenti pour le remplacer. A peine cette offre venait-elle de lui être faite que M. de Sémonville, également en visite chez le duc, le prit à part pour lui dire qu'il avait l'intention de le faire nommer procureur général à la cour des pairs. La chambre haute allait en effet être appelée à remplir son rôle de cour judiciaire. La police était sur les traces d'un nouveau complot contre la sûreté de l'Etal. Des généraux, de nombreux officiers, encouragés par les événements de Madrid et de Naples, préparaient un soulèvement à main armée, et des mesures allaient incessamment être prises contre eux.

En sortant de la présidence, M. Mole alla rendre visite à Royer-Collard. Il le trouva froissé d'une lettre qu'il venait de recevoir de M. de Serre, dans laquelle celui-ci lui offrait, en remplacement do son traitement de conseiller d'Etat, une rente de dix mille francs payée sur la cassette royale. Royer avait déjà rédigé une réponse assez vive dont il comptait envoyer en même temps une copie à Pasquier. M. Mole l'en dissuada et parvint à le calmer. « Il montre de l'orgueil, sans doute, remarque-t-il, mais un noble caractère. Il y a du beau et du bon dans cet homme-là. »

Le soir, il se rendit chez le duc d'Orléans. A Neuilly, l'avenir de la branche aînée n'était pas considéré avec

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beaucoup d'optimisme. « Sage tristesse et bon maintien de la princesse », constate M. Mole. Il n'en est pas de même du prince. « Il lui échappe de dire dans son salon que Barante sera bien bête s'il accepte son ambassade. »

Le lendemain, à la chambre des pairs, Pasquier et Mounier insistèrent pour que M. Mole se rendît à Naples. Il demanda à réfléchir. Daru survint, et de la {)olitique, la conversation s'aiguilla sur les souvenirs du passé.

« Daru raconta l'anecdote suivante : La veille du jour où le corps de Vandamme fut détruit par l'armée russe, je déjeunais avec l'Empereur, Berthier, Ney, etc. Il nous dit : « Montons à cheval et allons voir ce que fait Vandamme. En arrivant à Pirna, c'est-à-dire quand nous avions fait quatre lieues, nous sommes tous étonnés de voir l'Empereur tourner bride et reprendre la route de Dresde au grand galop. Personne n'osa lui demander la raison de ce changement si brusque de résolution. Le lendemain, on apprit le désastre de Vandamme. Je travaillais avec l'Empereur. Je ne pus m'empècher de lui répondre quand il m'en parla : <( Quel dommage que Votre Majesté n'ait pas continué sa course. Elle aurait connu la position de Vandamme et l'aurait dégagé. — Oui, répliqua l'Empereur, mais vous souvenez-vous qu'il y avait de l'ail dans le gigot que nous avions mangé à déjeuner? Eh bien, cet ail m'a fait mal. A Pirna je me suis senti incommodé et je suis revenu. Voilà pourtant ce que nous sommes! » Un aide de camp de Vandamme, échappé RU désastre, arriva. Il voulut lui donner une explication plus relevée de sa retraite de Pirna, il lui dit qu'il s'était cru empoisonné. »

Le conseil se réunit les 16 et 18 août pour décider

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