L.\E- DEMARCHE DE M. D ORMESSON
deur, gardait rancune au ministère des mesures prises contre lui. Il avoua à M. MoIé qu'il s'occupait avec ses amis de former un nouveau gouvernement ayant De cazes et Royer-Gollard à sa tête. Devant l'objection que Royer ne se prêterait certainement pas à cette combinaison, il soutint qu'il finirait par y consentir. Il avait le ferme espoir que les élections enlèveraient la majorité au ministère, ou en tout cas lui en laisseraient une de douze voix au plus. Decazes devait revenir au mois de novembre, avec ou sans congé, sous le prétexte de conduire sa femme h Nice; c'était le moment choisi pour exécuter ce plan.
Les doctrinaires n'étaient pas seuls à prévoir la fin du second ministère de M. de Richelieu. A peu de jours de là\ M. Mole reçut de M. d'Ormesson un billet lui demandant un rendez-vous. L'ayant rencontré sur le pont Royal, il lui indiqua le lendemain soir huit heures.
« Il arriva chez moi, nous raconte-t-il, et après de sots préliminaires qui décelaient un grand embarras, il m'avoua qu'il était envoyé par ce qu'il y a de plus haut, et nous eûmes en substance le dialogue suivant :
« — J'ai très peu l'honneur de vous connaître, mais M™* de Mortemart, qui vous connaît bien, m'a appris la confiance que méritait votre caractère. Je vous parlerai donc sans détour.
« Ce ministère ne peut tenir, il est en mépris à tous les partis et il se prépare une crise qui est sur le point d'éclater. Les royalistes se croient sûrs de remplacer quand ils voudront les ministres actuels par ceux qu'ils auront choisis. Ils ne voyent que vous qui réunissiez les talents, les lumières, le caractère néces-