TROIS JOURS AU CHATEAU DU MARAIS
soir il avait remarqué l'émoi. « Trois jours auparavant, nole-t-il, j'avais eu avec elle une conversation singulière. Elle m'avait prié de la suivre dans le jardin. Lk après m'avoir parlé de moi et de mes chagrins domestiques avec l'intérêt le plus tendre, elle m'avait avoué qu'elle éprouvait un vide que l'amour du bien seul et une amitié dont la perfection serait le but, pourraientseuls combler. Elle ajouta qu'elle neconnaissait que moi de capable de la comprendre et me proposa de former avec elle cette amitié. M""** de la Briche lui ayant porté ses plaintes de moi, elle me donna rendezvous dans le parc avant le déjeuner pour m'en parler, mais mon départ pour Paris avec son mari empêcha notre entretien et je lui écrivis deux lignes pour lui exprimer mon regret. Elle m'adressa à Paris une longue lettre pleine de bonté et de naïveté sur mon triste intérieur, où elle m'exhortait à y porter plus de résignation et de douceur. Cette lettre s'étant croisée avec moi, elle m'apprend à mon retour, sans me dire ce qu'elle renferme, qu'elle me l'a adressée par sa bonne. J'envoie un homme la chercher. »
On part pour une promenade aux environs. « En revenant, je trouve mon exprès de retour, la lettre qui m'avait croisé et une de M'"* de XX... en réponse à celle où je lui disais qu'elle ne pouvait plus m'inspirer que la plus tendre amitié. Elle s'y résigne d'une façon touchante en me laissant voir encore tout son amour. »
Après avoir pris connaissance de la lettre rapportée de Paris où l'amie de M'"^ Mole lui donnait de si sages conseils, il éprouva le besoin d'en entretenir son auteur. « Longue conversation avec elle dans sa chambre dont sa lettre est le prétexte, mais où il n'en est guère question.
(( Le lendemain elle me dit que nous sommes obser-
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vés, que sa sœur et M™** de la Briche prennent de l'ombrage de notre intimité. Sa belle-sœur entend notre conversation à voix basse auprès de la cheminée, cependant nous convenons qu'elle restera, tandis que tout le château ira faire des visites dans le voisinage, que je conduirai Frédéric à pied sur le chemin de Bandeville et que sous un prétexte je reviendrai auprès d'elle. Au lieu de cela, on la presse, elle n'ose résister et je la trouve partie avec tout le monde quand je reviens. »
Cette brillante société se prépare à rentrer à Paris, mais avant le départ, M. Mole a encore un long entretien. « Mélange de coquetterie, d'enfantillage et d'entrainement. Crainte que je ne lui échappe et volonté de me résister s'il y a lieu. Nous convenons que si M'"* de Gramont qui doit la ramener le lendemain à Paris lui manque de parole, elle ira avec moi dans ma voiture. Sinon nous partirons à peu près à la même heure, pour nous rejoindre à Longjumeau. Dans la nuit je me sens malade et pars de bonne heure après m'être assuré que M'"*' de Gramont persiste dans ses projets. »
Le travail définitif sur la réorganisation de la Maison du Roi avait été confié à M. de Pradel, chef du service intérieur des Tuileries avec le simple titre de directeur général, et à M. de Brézé, « le premier, bavard mais bonhomme, le second souple, délié, agréable, no manquant pas d'aptitudes. » En rentrant du Marais, M. Mole trouva un billet du duc le priant de les réunir chez lui pour étudier leur projet, de concert avec eux. MM. de Pradel et de Brézé ne cachèrent pas leur terreur de la Cour en entendant l'exposé de M. Mole qui parlait d'une organisation rappelant celle de l'ancienne maison de l'Empereur. M. de Pra-