CHARLES DE REMUSAT
jeunesse. Un matin que j'étais chez le favori, « Tenez », me dit-il, en me tendant un papier, « lisez ce qu'écrit sur vous ce petit de Rémusat, pour lequel vous êtes si paternel. » Je pris et je lus. Celait une lettre qu«' Charles écrivait à sa mère et où il me dénigrait à mon tour. Tout en exaltant mon esprit sans mesure et \v. mettant bien au-dessus de sa véritable valeur, il m'attribuait, à mon prodigieux étonnement, toute sa manière d'être, me représentant glacé comme lui et incapable de toute action, enfin il terminait un long portrait de moi par ce trait : « En résumé, il n'est bien propre qu'à la critique. » Decazes me parut interdit en me voyant lui rendre tranquillement la lettre. « Cela ne m'apprend rien », lui dis-je, j'ai étudié ce jeune homme, parce qu'il vaut la peine qu'on l'étudié et je savais d'avance qu'il jugerait son père ou sa mère avec autant d'indifférence ou de liberté qu'il parait me juger. Quel est d'ailleurs l'ami que nous conserverions, s'il lisait au fond de notre cœur tout ce que nous pensons exactement sur son compte? Enfin, mon cher Decazes, ce que vous venez de me montrer, est une preuve de plus qu'il ne faut ni écouter aux portes, ni lire les lettres qui ne sont pas pour soi. »
« Corvetto vint nous interrompre et nous partîmes pour le conseil. Dacazes y apporta une lettre du duc de Richelieu au Roi, où le duc annonçait que Metteriiich ne rêvait que guerre avec la Russie, ce qui faisait soupçonner à notre président l'existence d'un traité secret entre l'Autriche et l'Angleterre. Du reste, M. de Ri helieu pressait le Roi de faire parcourir à iM. le duc d'Aiigoulème les déparlements que quitterait l'armée d'occupition. Il demandait en même temps que c<' Prince fît une excursion à Aix-la-Chapelle, ne doutant