BRUIT DU RETOUB DE DECAZES
sur-le-ehaiîip une lettre amicale de regrets, mais venant dans la soirée prendre de ses nouvelles, il ne lui fit qu'une courte visite, « sèche et brusque v.
Le bruit se répandit tout à coup que Decazes avait obtenu un congé de trois semaines pour venir consulter à Paris sur la santé de son fils. Cette nouvelle mit tout le corps diplomatique en émoi, chaque ambassadeur voulut envoyer un courrier à sa cour.
Pozzo, plus agité que tous les autres, écrivit au duc qu'il se proposait d'en dépêcher un le jour même à l'empereur Alexandre, puis d'aller sonner ^l'alarme chez Monsieur. M. Mole se précipita chez le duc. « Jamais, dit-il, je ne le vis si amical et si enclin de causer avec moi. Il me jura que Decazes n'avait pas de congé et n'en avait pas demandé, et protesta que jamais il ne souffrirait son retour à Paris. Il me raconta que la duchesse de Berry l'avait fait prier de venir causer avec elle pendant que la famille royale serait à Vêpres. Le duc est resté ainsi une heure à causer près de son lit. Elle a examiné avec lui s'il fallait que son fils fût tenu par l'armée, par les chambres, la France, ou tout simplement le roi de Naples et Madame. Le duc fut frappé de son sens et de la chaleur qu'elle met aux intérêts de la politique. Il comprit le tort qu'il avait eu de ne pas la cultiver assez et résolut de le réparer.
« Ce gobe-mouche de d'Ormesson revint me dire avec importance, que M. de Blacas ne revenait pas, que la santé du Roi se raffermissait et que les circonstances avaient tout fait ajourner. Il me confia pompeusement que Monsieur avait d(''claré qu'il mettait dans mes lumières et mon habileté toute sa confiance. Je vais amuser de tout cela le duc, qui a vu Monsieur et l'a trouvé moins raisonnable que jamais. Le duc lui
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a déclaré que le ministère combattrait de nouveau les uftras si c'était nécessaire, et enfin leur céderait la place plutôt que de se rendre leur instrument. Monsieur lui a montré les préventions les plus insensées et les plus favorables pour Chateaubriand, tandis que le Roi se montre tous les jours plus irrité contre ce dernier.
« Le 24 octobre, diner chez le duc avec M™« de Juiiiilhac, Lady Elliot, Pozzoet Pasquier. A mon arrivée, il me mène dans sa chambre pour me faire lire la proclamation du Roi* et me dit : « On l'a voulu, lisez et voyez, c'est bien imj)ortant. » On allait et venait par la chambre, ;i peine si je savais ce que je lisais. Quelle manière de prendre un avis dans une occasion si grave 1 Pasquier entre et, avec sa légèreté et sa suflisance ordinaires, me prend le papier des mains. « Laissez-moi vous lire cela, j'y mettrai le ton convenable, car c'est mon ouvrage, et assurément il m'a donné assez de peine ! » L'ouvrage me parut plat et sentant son auteur. Je risquai deux légères observations sui* le style qui ne réussirent pas. Je vis qu'on voulait être approuvé. Je pris le parti de dire que c'était bien et le lendemain matin j'en écrivis mon consciencieux avis au duc.
1. Le conseil des ministres s'était réuni pour délibérer sur les collèges électoraux, et Pasquier fit adopter l'idée d'une proclamation adressée par Louis XVIII aux électeurs. C'est ce projet d'adresse que M. de Richelieu avait chez lui. Corrigée par le Roi et écrite de sa propre main, elle fut lithographiée à des milliers d'exemplaires et adressée personnellernent à tous les électeurs. Entre autres choses, elle disait : « Écartez des fonctions de députés les fauteurs de troubles, les artisans de discorde, les propagateurs d'injustes défiances contre mon gouvernement... » Cette intervention royale était inconstitutionnelle, mais eut une grande influence sur les électeurs