‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 191 sur 232 · J décembre · texte numérisé non relu

J décembre

« Celait pour moi une manière brillante, et peutêtre méritée, de revenir aux afTaires que de représenter le Boi de France à cette réunion de souverains. Vous aviez annoncé à moi et à mes amis que otte mission

comme vicaire, puis comme régent pendant la période conslituuonnelle de 1820-1821, succéda à son père en 182osous !'■ nom de François I"', roi des Deux-Siciles, et mourut en 1830. 1. Arch. de Ch.

m'était destinée. Pozzo l'avait mandé à son cabinet, mais ce même Pozzo pourra vous dire que je lui avais confié des soupi'ons qui se trouvent aujourd'hui comjilèlement justifiés. J'avais deviné si juste que j'avais été jusqu'il lui prédire que ce serait M. de Blacas qu'au dernier moment on m'opposerait. Peut-être n'est-ce pas seulement le favori qui me poursuit encore l- sa haine après sa chute. Peut-être d'autres jalousies se cachent-elles derrière vous pour m'atteindre. Quoi qu'il en soit, je vous plains d'être induit à frapper si sauvent l'homme qui vous a montré et vous ( onserve encore tant de dévouement.

« Tout cela m'inspire plus de dégoût que de colère. Si j'avais plus d'aisance dans ma fortune, je partirais pour l'Italie avec ma famille, et j'y attendrais un autre règne. Au lieu de cela, je crains bien d'être obligé de passer ici cet hiver. J'y vivrai entièrement éloigné des affaires, qui se passeront de moi tout aussi bien que je me passerai d'elles, et je ne paraîtrai guère plus à ma chambre qu'aux Tuileries.

(( Quant h l'ambassade de Naples, c'est de très bonne foi sans doute que vous m'en parliez ce matin, mais ce n'est qu'une mystification de plus qu'on nous prépare. Si l'occasion se présente, on vous donnera de si * bonnes raisons que vous vous y rendrez encore. Je ne suis point une puissance pour déclarer la guerre, et ma conscience d'ailleurs ne me permettrait pas plus de la faire que mes faibles talents, mais je ne veux pas au moins que ceux qui me poursuivent, en se dérobant, mo croyent leur dupe, c'est à leur ôter ce plaisir que se bornera ma vengeance.

<( Au nom de Dieu, ne vous occupez plus de moi et ne nous parlons plus d'affaires. Oublions que nous avons été ministres ensemble. Traitez-moi comme un

ami d'Odessa, qui est venu se fixer à Paris pour y jouir des plaisirs de la capitale.

« Ne me répondez même pas. C'est le dernier épanchement de cette espèce que vous aurez à essuyer de m 1 part.

Le duc se hâta de lui répondre' :

Dimanche, 2'* décembre 1820.

u Votre lettre m'a fait bien de la peine. Vous croyez que je suis ou trompeur ou trompé. Ni l'un ni l'autre ne me conviennent, cependant j'aimerais mieux le dernier. Dans l'occasion actuelle, si vous voulez y penser sans prévention, rien de tout cela ne peut être soupçonné, et je serais afiligé que vous vous livrassiez à une défiance qui serait injuste envers tout le monde, je crois, mais bien sûrement envers moi. Avant peu, car ceci ne peut pas durer longtemps, je vous prouverai, j'espère, par des effets, que vous avez tort de me soupçonner d'indifférence. En attendant, cette retraite de la chambre des pairs ne serait pas raisonnable, permettez moi de le dire; nous ne sommes pas encore arrivés au temps où d'être mécontent de la conduite des ministres soit une raison pour les abandonner, quand il n'est pas question de leur marche politique. En approuvant tout à fait que vous n'alliez pas à la Gour, je ne saurais donc être d'avis de votre absence de la chambre, et je vous prie même instamment de renoncer à ce projet, tant dans votre intérêt que dans le nôtre.

« Si vous voulez que nous ne parlions plus d'affaires, à la bonne heure. Cependant cela aous sera

i. Arch. de Ch.

difficile, car il faut parler de ce qui intéresse. J'aimais à m'en entretenir avec vous en confiance et j'espère que vous me permettrez que nous causions d'autre chose que d'Odessa. Hélas 1 pourquoi l'ai-je quitté, et pourquoi n'ai-je revu ma terre natale que pour y vivre d'angoisses et de soucis! Pardonnez ce pstit retour de faiblesse et les regrets auxquels votre lettre a peut-être un peu contribué. Je suis sur que maigre les nuages je puis compter sur votre amitié, comme je vous prie, quelque chose qui arrive, de compter sur la mienne.

Le soir même, chez x\I"" de laBriche, Pasquier aborda M. Mole. « Il me prend à part, écrit-il, d'un air fin et doucereux et a l'audace de me proposer la place de ministre à Madrid, d'oîi le prince de Laval revient, en apprenant que la France n'aura plusd'ambassadeur en Espagne. Vrai proverbe entre mon faquin et moi. Il cherche à me dorer la pilule et je lui montre que je ne suis pas sa dupe. M""' Mole, qui sait que deschoses d'un si grand intérêt s'agitent eu ce moment, n3 daigne pas même me faire une question, quoi que je fasse pour me l'attirer. »

L'ambassade de France à Madrid avait en effet été ramonée au rang de simple légation*. M. Mole prit

1. Le gouvernement espagnol, peu satisfait de son ambassadeur à Paris, le marquis de Sanla Cruz, avait décidé de ne plus se faire représenter à l'étranger que par de simples ministres plénipotentiaires. M. de Santa Cruz fut remplacé par Bardaji, ministre à Turin, qui s'était distingué dans cette vill« par son zèle révolutionnaire. En réponse à cette mesure, le gouvernement français rappela son ambassadeur. Le prince de Laval, et le remplaça également par un ministre plénipotentiaire, qui fut M. de Bonald.

Don Eusèbe de Bardaji y Azara, né à Huerte en 1765 et mort

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