‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 2 sur 232 · M. MOLE CHEZ MONSIEUR · texte numérisé non relu

M. MOLE CHEZ MONSIEUR

est peut-être, aujourd'hui, celui de vous tous quil préfère. »

« Ces dernières paroles me frappèrent. En les rapprochant de la proposition que nous avait faite Decazes d'appeler Monsieur au conseil, je ne doutai plus qu'il n'eût essayé d'entrer en arrangement avec lui. Quelque avisée que fût son ambition, elle l'aveuglait au point de ne pas comprendre qu'il y avait pour lui des alliances et des trahisons impossibles.

« Le message de Capelle auprès de moi rendait indispensable que je me présentasse chez Monsieur. J'y fus à l'heure opportune qui était celle où il revient après l'ordre de chez le Roi. Il me fit un accueil gracieux, qu'il prodigue et auquel il ne manque qu'un peu plus de sincérité. Il entama tout de suite la conversation sur les affaires générales sans s'arrêter sur aucune en particulier. Son but était évidemment de me faire connaître ses directions politiques, les concessions qu'il était disposé à faire et celles qu'il ne ferait jamais. Pas un mot de la garde nationale, mais force plaintes do lacttnduite du ministère tout en épargnant ,ses intentions. Chez ce prince la mobilité le dispute à l'entêtement. S'il est prévenu contre celui qui lui parle, il ne lui. cède rien; s'il l'aime au contraire et surtout s'il a de longues habitudes de familiarité avec lui, il en reçoit toutes les impressions que ce dernier voudra lui donner. Je quittai Monsieur, après trois quarts d'heure de conversation ou de discussion bien inutiles ainsi que cela m'arrivail toujours, plus triste que je n'y étais entré et, cette fois surtout, plus alarmé que jamais sur notre avenir.

« C'est au conseil du vendredi 18 que nous fîmes nos adieux au duc de Richelieu. Il me prit à part pour me prier de lui écrire souvent et me recommander,

d'hauterive aux affaires étrangères. h

comme il l'avait déjà recommandé à Decazes, d'ajourner tout travail important que présenterait le maréchal en son absence*. « Ne lui laissez surtout pas, ajoutat-il, organiser les vétérans. «Ces vétérans, qu'on supposait devoir être recrutes parmi les restes de l'armée de la Loire, inspiraient alors autant d'effroi à la Cour que d'ingratitude aux étrangers. En partant, M. de Richelieu laissa C Intérieur de son ministère au vieux d'Hauterive, archiviste des Affaires étrangères ; quoique cet Intérieur eût peu d'importance pendant le congrès, j'avais représenté au duc que le contre-seing ne pouvait constitutionnellement se déléguer à un personnage non responsable, et que plusieurs ambassadeurs, parmi lesquels était celui d'Angleterre, croiraient leur dignité offensée s'il les mettait en rapport avec un ancien chef de division. M. de Richelieu parut trouver mes représentations si raisonnables que je ne doutai pas, jusqu'au dernier moment, qu'il ne confiât son portefeuille à l'un d'entre nous. Je le .«savais tellement en garde contre l'idée trop répandue de la confiance et de la préférence qu'il m'accordait, que je ne pouvais m'attendra à ce qu'il me choisit. Mais il voulut par-dessus tout éviter de se faire remplacer par Decazes ou Pasquier, ce qui eût élé un(^ seule et même chose, et après avoir hésité, balaïu'é jusqu'à l'instant de monter en voiture, il revint et s'arrêta à l'idée de donner à d'Hauterive l'Intérieur.

<( C'est le 21 septembre que le conseil se rassembla pour la première fois sans son président. Laine y donna lecture d'un mémoire que Monsieur avait

1. On trouvera parmi les pièces justificatives quelques-unes des lettres que j'adressai à M. de Richelieu au Congrès et de celles qu'il m'écrivit, dont le hasard m'a fait conserver les minutes; je n'ai pu retrouver qu'un très petit nombre des dernières.

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