‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 200 sur 232 · LE CONGRÈS DE LAYBACH · texte numérisé non relu

LE CONGRÈS DE LAYBACH

bruit, celui de Donadieu et l'autre que j'aime à attribuer aux compagnons de Louvel. Ce sont des symptômes désagréables, mais qui cesseront d'être dangereux si le ministère et les chambres tiennent suffisamment ensemble. Vous ne m'aviez pas écrit par le dernier courrier russe et je vous en sais mauvais gré, parce que vous êtes si bon juge sur ces matières, que votre autorité nous manque infiniment. Mes raisonnements se rapportent, je crois même avec assez de justice, à mes notions antérieures, mais le caractère du moment ne peut être saisi que sur le fait, et je suis absent depuis trop longtemps pour mo confier à mon propre jugement.

« Je ne sais pas prévoir les moyens que vous aurez de m'écrire sans contrainte, puisque je n'aurai pas en Italie une correspondance directe avec Paris ; consultezvous avec Shrader, il vous indiquera ce qui sera possible, et vous saurez alors que si les lettres passent par nos courriers et à travers Laybach, elles seront lues en mon absence et me seront envoyées après. (( Si Bertin de Vaux s'est livré à Talleyrand, son esprit l'a mené tout droit à faire une insigne bêtise, je ne veux pas dire une mauvaise action, parce que s'il est capable de celle-ci, il sera indifTérent à toutes les autres. Tâchez de le sauver de ce chemin de perdition, s'il en est encore temps. Il n'y trouvera que la honte et le repentir.

« Adieu, mon cher ami, croyez à tous mes sentiments, et conservez-moi les vôtres. >»

Layba.li, f2 lévrier 1821.

« P. S. Il parait que M. le duc Decazes fait des plans de campagne avec ses. laquais. Le fameux combat n'est,

REfOUinJE^ DECAZES A P\RiS. 411>

dit-on, qu'une mystification. Si la défaveur qu'il rencontre dans le public à Londres le ramène à Paris, les révolutionnaires feront ripaille et l'Europe pourrait penser à prendre les armes. »

La confiance de Pozzo n'était pas partagée par le duc de Dalberg. De passage à Pai'is, ce diplomate annonça de l'a façon la plus nette, qu'avant deux mois une constitution libérale, copiée sur la constitution «espagnole, serait proclamée à Milan et à Turin et que le prince de Carignan se mettrait à la tête d'un mouvf'ment général, dont le but était de soustraire l'Italie .1 toute ingérence étrangère.

Sur ces entrefaites, on apprit le retour prochain de Decazes, qui ramenait à Paris sa femme mourante. Aussitôt d'innombrables intrigues se formèrent autour (le lui et le bruit courut que le favori ne retournerait j)as en Angleterre. A cette nouvelle, M. Mole alla trouver le duc pour lui demander l'ambassade de Londres, mais M. de Richelieu lui répondit qu'au cas où le poste deviendrait vacant, il penserait à M. de Blacas. Peut-être eut-il alors, à la perspective de rester à Paris, moins de regrets qu'il n'en aurait eus quelques semaines plus tôt, car il note à ce moment dans son journal : « Le 10 février recommence le bonheur de ma vie. »

Ayant échoué auprès de M. de Richelieu, M. Mole alla pressentir Pasquier. Celui-ci lui fit un accueil plus bienveillant, sans cependant se compromettre et se montra défavorable à l'idée d'envoyer le comte de Blacas à Londres. Brouillé, pour le moment du moins, avec Decazes, il s'inquiétait de l'influence croissante de la droite dans le ministère, et songeait à créer un nouveau centre à la chambre dçs députés.

't20 RETOUR DE DECA/ES A PARIS.

Le retour de Decazes ne troublait pas moins Laine, qui considérait que tout serait perdu en Europe et en France si le favori reprenait le pouvoir. Royer-Gollard partageait le même sentiment et commençait à regretter de s'être séparé de ]\L de Richelieu en 1818. Comnn^ Pasquier, il voulait constituer une majorité avec \r centre de la chambre, pour faire brèche aux ultras,

M. de Talleyrand intriguait toujours. Malade actuellement, il confia à Bertin de Vaux la mission de pressentir les hommes politiques. Celui-ci vint trouver le comte Mole, lui fit « mille caresses et compliments do sa part », et l'engagea à aller le voir dès qu'il serait rétabli. Il rêvait d'un ministère ayant Talleyrand k sa tète, qui supprimerait la maison du Roi, renouvellerait toute la Cour et gouvernerait avec les idées et les principes de 89.

Bertin se montrait « profondément dégoûté des ultras ».

« Du reste, disait-il, on ne pourra conserver les Bourbons qu'en les asservissant. »

Le 12 mars, Decazes arrivait Paris. Le duc de Richelieu en fut vivement contrarié et, incertain comme toujours sur la conduite à tenir, se confina dans une attitude pleine de réserve.

En .sortant d'une séance de la commission du règlement à la chambre des pairs, M. Mole passa chez. M. de Talleyrand, mais celui-ci était encore trop souffrant pour !(( recevoir. Il se rendit alors chez Pasquier qu'il trouva triste et pi'('M»ecuj)é des menées du prince, dont il redoutait avant peu un éclat h la chambre.

Pozzo \(^nait enfin de recevoir de l'empereur de Russie s;i nomination d'ambassadeur à Paris. Il se hâta d'en faire part à M. .Mul(''.

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