POZZO. AMBASSADEUR A PARIS
Laybach, 2 mars 1821.
« Mon cher ami,
« Je veux être le premier à vous annoncer qui' l'Empereur vient de me nommer ambassadeur à Paris. Cette faveur m'est d'autant plus précieuse qu'elle me donnera de nouveaux moyens d'être utile sur un théâtre que j'ai tant de raisons de préférer à tous les autres. C'est dans la même qualité que je suis temporairement accrédité auprès du roi de Naples.
« Je vous écris au moment de me mettre en voilure pour Florence, où Sa Majesté sicilienne arrivera le 9. J'espère que les événements me permettront de solliciter la marche vers sa capitale et de l'y rétablir le plus tôt possible.
« Nous sommes informés de noires intrigues des révolutionnaires espagnols contre la France'. S'ils en viennent à une rupture, tenez pour sûr que votre
1. L'empereur Alexandre avait plusieurs fois exprimé l'opinion que la France agirait sagement en suivant à l'égard de l'Kspagne une politique semblable à celle que l'Autriche suivait à l'égard de Naples, mais le gouvernement français était fermement décidé à ne pas suivre de tels conseils. Loin d'être reconnaissant de celte modération, le cabinet de Madrid, sous l'influence du parti révolutionnaire, se montrait soupçonneux et hautain envers la France, et demandait constamment des explications qu'il ne trouvait jamais satisfaisantes.
De son côté, Ferdinand Vil chargea secrètement un étranger, i\l. de Saldanha, ancien ministre de Portugal à Madrid et actuellement accrédite auprès de l'empereur de Russie, de réclamer en sa faveur l'appui que l'on accordait au roi de Naples. La France étant la seule puissance en situation d'intervenir en Kspagne, et s'y refusant, cette politique devenait impraticable, et M. de Metternich en profita pour discréditer le cabinet des Tuileries auprès d'Alexandre. Les efforts du comte de Blacas et du marquis de la Ferronnays, soutenus par Pozzo, eurent raison du chancelier autrichien.