ENTREE DES AUTRICHIENS A ^APLES
^ans l'intention sans doute de le ménager, lui raconta l'entretien qu'il avait eu avec le prince, prétendant quf «elui-ci avait fait tout son possible pour le séduire, « allant même jusqu'à lui dire qu'il avait, lui, Talleyrand, l'honneur de lui appartenir. »
Decazes, cependant, était plus en faveur que jamais. Il se rendait tous les soirs aux Tuileries, d'où il ne ressortait que fort tard. Le duc de Richelieu avait bien «ssayé de s'y opposer, mais le Roi l'avait exigé. Ce.s visites ne passèrent pas inaperçues et furent l'objet de •commentaires sans fin. On se reprit à rappeler toutes les anecdotes qui couraient sur le favori.
« M"® de Marinier raconta qu'elle tenait de M™« dv iSaint-Aulaire que lors du mariage de Decazes, le Roi lit venir sa fille et lui donna des conseils sur la «lanière dont elle devrait s'y prendre avec son mari |)our le rendre heureux et lui fit connaître le caractère, les goûts et les habitudes de Decazes avec une sagacité surprenante. Puis il se mit en correspondance avec «lie sur ce sujet, avec défense de montrer ses lettres, même à Decazes. »
Pendant ce temps, la politique de M. de Melternicli suivait son cours. Lo roi de Naples, accompagné du •comte de Blacas, était arrivé à Laybach. Il fut aussitôt <lécidé que des propositions seraient adressées au parle inent napolitain. Les souverains se déclaraient fermement résolus à ne pas laisser subsister le régime impose par des moyens criminels et demandaient un désaveu «pontané. Quand le roi de Naples serait rentré dans ses l^ltats, ce serait à lui seul qu'il appartiendrait de fonder «n gouvernement stable « offrant à tous les Etats voisins une garantie suffisante de leur sûreté et de leur repos ». Ces conditions avaient été suggérées par M. de Blacas à Gapo d'Istria et adoptées par l'empereur
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Alexandre comme un moyen terme pour éviler l'occupation. L'intérêt do la politique française était bien d'éviter l'intervention armée de l'Autriche, mais il eût fallu adresser au parlement napolitain des propositions moins cassantes et moins dures pour son amour-propre. Il était aisé de prévoir qu'elles ne seraient pas acceptées.
C'est en effet ce qui arriva. Le parlement refusa d'adhérer aux demandes des puissances. Aussitôt une armée autrichienne traversa le Pô.
La nouvelle de la marche des Impériaux souleva une vive émotion en France. Les royalistes exultèrent. Les libéraux de leur côté exaltèrent la résistance des Napolitains, la tribune de la chambre résonna de discours enflammés, où les Abruzzes étaient comparées aux Thermopyles sur lesquelles l'armée autrichienne viendrait bientôt se briser. Le bruit courut même un moment que les Napolitains avaient remporté une brillante victoire. Les royalistes en furent profondément abattus; les libéraux furent dans l'ivresse et se mirent à faire des projets de constitution. Celle de 1791 était la plus en faveur. Ces rodomontades sombrèrent tout à coup dans le ridicule. On ne tarda pas à apprendre que les Autrichiens étaient entrés à Naples après une simple marche militaire, et sans rencontrer l'ombre de résistance. L'ancienne monarchie fut rétablie sans coup férir. Ce fut une grosse déception pour le parti libéral. «Nous avions besoin, avoua Germain à M. Mole, de révolutions en Europe pour donner ici de la force à nos arguments. »
Enhardi par ce succès, M. de Metternich jugea le moment venu de réaliser un projet qu'il caressait depuis longtemps, celui d'une confédération italique ayant l'Autriche à sa tête. 11 eut à ce sujet des confé-