‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 205 sur 232 · REVOLUTION A TURIN · texte numérisé non relu

REVOLUTION A TURIN

rences avec les représentants des divers Etats de la péninsule, mais rencontra de l'opposition auprès de M. de Saint-Marsan, ministre du roi de Sardaigne et de Piémont, encouragé par le gouvernement français. La France avait en effet encore plus d'intérêt à empêcher l'accroissement de l'intluence autrichienne dans un pays qui bordait sa frontière, qu'elle n'en avait eu à s'opposer à l'occupation de Naples, et le gouvernement de Paris donna à ses plénipotentiaires l'ordre formel de combattre ce nouveau dessein de l'Autriche.

Ce fut au milieu de ces discussions qu'un courrier apporta à Laybach la nouvelle de la révolution de Turin. Elle avait un double but, l'établissement d'un gouvernement constitutionnel et la guerre à l'Autriche. Le roi Victor Emmanuel, impuissant a maîtriser l'émeute, dut abdiquer on faveur de son frère, le duc de Genevois, et en attendant le retour de celui-ci, qui se trouvait alors hors du royaume, auprès de son gendre le duc de Modène, confia la régence au jeune prince de Garigiian ', puis partit dans la nuil pour Nice atec toute sa famille.

Sous la pression de la junte révolutionnaire, le régent lança une proclamation par laquelle il acceptait la constitution espagnole. De son coté, le duc de Genevois adressa un message où il refusait de reconnaitn^ la révolution et révoquait en doute l'abdication de son frère.

A F^aybach, ces événements si rapides surprirent tout le monde et y jetèrent la consternation. M. de Metternich se rendit en hâte auprès d'Alexandre, qu'il trouva en proie à la plus vive inquiétude et obtint

1. Le prince de Garignan était le chef de la branche cadette de la famille royale. L'ordre de succession le désignait pour la couronne, le roi, ainsi que son frère, n'ayant pas de fils.

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facilement son assentiment à une nouvelle intervention et l'envoi d'une armée russe en Piémont.

Les ordres envoyés par les deux empereurs à leurs armées étaient à peine partis, qu'on vit arriver à Laybach le duc de Mode ne. Il apportait des lettres de son beau-père demandant aide et protection aux souverains, qui s'empressèrent de les lui promettre, et sur son assurance qu'une grande partie de l'armée piémontaise restait en dehors de la révolution, et que la Lombardie, objet des inquiétudes de l'Autriche, était tranquille, le calme se rétablit parmi le Congrès.

A l'affidement de la première heure succéda dans l'esprit du prince de Metlernich la crainte de s'être attiré sans nécessité de graves embarras, en acceptant les secours de la Russie. Les circonstances vinrent à son aide. Ses craintes étaient également partagées par le gouvernement français. On se demandait à Paris si une telle accumulation de forces était nécessaire pour venir à bout du Piémont et s'il n'entrait pas dans les vues des gouvernements absolus de faire disparaître les institutions libérales, aussi bien en France que dans le reste de l'Europe. M. de la Ferronnays représenta à l'empereur Alexandre que la concentration de ses troupes obligerait l'Europe entière à s'armer, et qu'il pouvait en résulter de graves dangers pour la paix. Alexandre finit par se rendre à ces raisons. 11 promit que ses armées ne s'avanceraient qu'à petites journées <4 que si les choses s'arrangeaient en Piémont, elles recevraient l'ordre de s'arrêter.

La révolution se termina d'elle-même. Elle avait eu peu d'écho dans le pays. Le prince de Garignan, forcé par la fraction extrême de la junte à contresigner des mesures qu'il désapprouvait, quitta tout à coup Turin au milieu de la nuit et se réfugia à Novare, d'où il

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envoya une déclaration par laquelle il renonçait aux fonctions de régent et faisait acte de soumission au Roi. Un faible détachement autrichien suffit alors pour ramener dans sa capitale le duc de Genevois, qui monta sur le trône sous le nom de Charles-Félix.

La France n'avait pas été en mesure d'empêch<;il'entrée en Piémont des forces autrichiennes. Elle diil s'incliner devant le fait accompli et ne put qu'obtenir l'assurance d'une occupation limitée et d'une prochaine évacuation.

L'intervention russe n'était plus nécessaire. Alexandre donna contre-ordre a ses troupes, d'autunt plus aisément qu'on venait d'apprendre l'insurrection grecque contre les Turcs, et l'armée russe, destinée à l'Italie, reçut l'ordre de se concentrer sur la frontière, prêt(» h intervenir.

La facilité avec laquelle les révolutions d'Italie avaient été étouffées encourageait les souverains à étendre leui politique de répression à l'Espagne. Avant de se séparer*, on arrêta qu'une nouvelle réunion aurait lieu sdil à Florence, soit à Modène dans le délai d'un an, pour discuter des affaires de la péninsule et des autres questions restées en suspens.

Le congrès de Laybach avait posé le principe d'intervention et l'appliqua à main armée dans la mesure la plus large. Ce principe allait devenir le droit pub]i( en Europe. La situation était complexe pour le ministère du duc de Richelieu. Il ne pouvait ni défendre les révolutions de Naples et de Turin qui étaient un<^ menace pour la légitimité, ni s'associer à une politique de réaction, contraire au principe d'une constitution libérale concédée par la Couronne, principe adopté et

i. Avril 1821.

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>outenu par Louis XVIH. C'est ce dernier point de vue que les pénipotentiaires français auraient dû chercher h faire triompher, et la politique extérieure de la France se fût ainsi trouvée d'accord avec sa politique, intérieure.

Il semble plutôt que notre diplomatie se laissa prévenir par les événements. Le duc de Dalberg, que le gouvernement français avait récemment rappelé de Turin, montra au comte Mole les dépèches qu'il avait ■iivoyées pendant les mois d'août, d'octobre et de décembre de l'année précédente et dans lesquelles il faisait connaître l'organisation des carbonari, aussi bien ' n Piémont que dans le reste de l'Italie. 11 prédisait tous les événements qui venaient de se dérouler et conseillait au gouvernement français de se joindre au mouvement pour le diriger. Il rendait compte encore dans ses lettres d'un entretien remarquable avec Bardaji qui proposait de renouveler le pacte de famille avec l'Espagne, la P'rance se mettant à la tète des gouvernements représentatifs dans la lutte où ils étaient engagés '•ntre les monarchies absolues.

Les troubles d'Italie avaient eu leur répercussion en France ; on put croire un moment que l'on touchait à une révolution. Paris s'agitait. Les bruits les plus alarmants couraient; c'était tantôt la défaite des Impériaux h Naples, tantôt le soulèvement de la Lombardie, ou <les massacres d'Autrichiens à Venise. Malgré les démentis du gouvernement, cette campagne de fausses nouvelles continuait, et la rente baissait de 15 francs en huit jours.

En même temps des agenls du parti révolutionnaire, envoyés dans les départements, annonçaient partout que la révolution était maîtresse à Paris. A Grenoble l'émeute prit un caractère d'extrême gravité. Le bruit

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