TROUBLES A GRENOBLE ET A LYON
courut que Louis XVIII avait abdiqué, qu'un gouvernement provisoire venait d'être installé sous la régence du duc d'Orléans, avec la constitution de 1791 et les trois couleurs. Le 20 mars la foule envahit la place de la préfecture et se porta à la citadelle pour fraterniser avec les soldats et leur distribuer des cocardes tricolores. Cependant le général Pamphile Lacroix, commandant de la place, parvint, à la tête d'un régiment de ligne resté fidèle, à dégager le préfet et k rétablir l'ordre.
La date choisie du 20 mars indique que les bonapartistes n'étaient pas étrangers à la conspiration. Aux cris de : « Vive la liberté » se mêlaient ceux de : «A bas les royalistes ! Vive l'empereur. »
A Lyon, ce même 20 mars, on avait essayé de produire un mouvement semblable, mais une proclamation du préfet avait suffi pour le déjouer. Le gouvernement jugea cependant ({ue l'état de l'Italie et l'agitation des départements frontières exigeaient des précautions extraordinaires. Le maréchal duc de Belhine fut investi du commandement supérieur dos trois divisions militaires de Besançon, Marseille et Lyon. Il établit son quartier général dans cette dernière ville.
Il est à remarquer que le jour même où éclataient les troubles de Lyon et de Grenoble, le Morning Chronif^le annonçait à Londres que tout le midi de la France était en insurrection.
Au moment où le duc de Richelieu avait de si graves difficultés <à surmonter, le général Donadieu jugea h propos de déposer sur le bureau de la chambre une proposition tendant à supplier le Roi de choisir un autre ministère. Celte proposition ne fut pas prise en considération, et le général ne put en développer les motifs, mais il profila de la discussion sur la loi des
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comptes, alors. en délibération, pour renouveler ses attaques contre le président du conseil. Ses violences furent accueillies avec indignation par la chambre et M. de Villèle lui-même monta à la tribune pour défendre le cabinet avec une vigueur qu'il ne montrait pas d'ordinaire contre les excès de l'extrême droite.
Le ministère était de plus en plus ébranlé. M. dv Villèle, très dégoûté de sa position et profondément découragé, ne parlait que de donner sa démission et de se retirer à Toulouse. Il regardait M. de Richelieu comme liyré aux intrigues de ses collègues et spécialement de Mounier et se méfiait de Ravcz qu'il croyait •d'intelligence avec eux. 11 ne consentait à rester que si l'on mettait Laine à la place de Ravez, Corbières à l'Intérieur et lui-même à la Marine ou aux Finances ei ne voulait à aucun prix de M. de Blacas qu'au dire de M"® de Montcalm, le duc do Richelieu comptait, si la droite le forçait à la retraite, proposer au Roi comme son successeur, avec Mathieu de Montmorency aux AITaires étrangères et Lauriston h la Guerre.
M. de Villèle demanda à M. Mole d'agir sur le président du conseil, montrant beaucoup d'éloignemenl pour les hommes de la Cour, « des exigences et de la sottise desquels, disait-il, on ne peut se défendre qu'en se jetant à corps perdu dans le système représentatif ». Il sentait néanmoins la nécessité de donner un peu de relief au ministère en y app:^lant des gens de talent, car, tout en rendant hommage à de Serre et à son ■éloquence, il ne voyait en lui « qu'un orateur, mauvaise ou pauvre tète dans le cabinet, tenant trop à sa place et à l'argent ».
M. Mole eut un nouveau froissement avec Decazes. Il apprit que les amis du favori avaient conseillé de sa part à ce dernier de ne pas retourner en Angleterre.