M, DE RICHELIEU ET LES SOUVERAINS
Cela semblait l'engager à prendre le ministère. « Je ne puis m'expliquer, dit-il, cet impudent mensonge (jue parce que j'ai dit à Germain que Decazes serait un enfant s'il s'en allait, et Germain se sera servi de ces paroles, dites sans conséquence, pour retenir son patron. »
Quelques jours plus tard le bruit se répandit que Decazes avait donné sa démission et que M. Mole le remplaçait à Londres. Celui-ci, rencontrant le favori à la chambre des pairs, évita de le saluer,
La commission du règlement siégeait toujours. Quand il fallut nommer un rapporteur, Sémonville promit sa voix à M. Mole, mais vota pour Pastoret qui obtint la majorité. Pastoral voulut s'effacer devant M. Mole, mais celui-ci refusa à son tour. Les choses en étaient là lorsque le garde des Sceaux apporta, sous forme d'ordonnance, un règlement judiciaire, sur lequel il annonça que le Roi recevrait les observations de la chambre. Cette démarche produisit un mauvais effet et mit spécialement le duc de Broglie dans une violente colère. M. Mole songea d'abord k s'élever contre cette intervention ministérielle, mais abandonna cette idée pour ne pas créer de difficultés au duc de Richelieu. « J'ai encore la bonté, souligne-t-il, de renoncer à lire à la chambre un discours sage oL mesuré à cette occasion. »
M. de Richelieu restait plein de confiance dans l'avenir de son ministère, les souverains l'étaient moins. Metternich lui adressait et Caraman lui transmettait de la part de celui-ci des conseils sur l'attitude à prendre vis-à-vis des différents partis. Le duc fit voir à M. Mole sa réponse, où il disait qu'il quitterait le ministère plutôt que de laisser les étrangers influer sur nos affaires intérieures. Il ajouta que si cette influence,
MFXJOJSXBA^fCMENT DE LA DROITE. 433
appuyée par la Cour, l'emportait, il considérait M. de Blacas comme seul capable de lui succéder, quoiqu'il estimât sa présence encore indispensable à Rome.
Devant ces confidences, M. Mole s'attendait à l'offn; d'une ambassade, mais il n'en fut pas dit un mot. Le duc se contenta de lui proposer la croix de commandeur à la place du grand cordon de la Légion d'honneur qu'il disait n'avoir pu lui donner à cause de l'ordonnance qui exigeait que l'on passât par tous les grades. « Je la refuse », note-t-il sèchement.
Le 2 juin, Pozzo revint à Paris. Suivant l'évolution do son maitre qui renonçait à la politique libérale et adoptait la politique de M. de Metternich, il était fort lancé dans la lutte et faisait trop peu, désormais, la part de l'esprit du siècle. Il montra au comte Mole une lettre d'Alexandre qu'il était chargé de remettre à Louis XVIII et dans laquelle l'empereur de Russiecherchait à associer la France aux mesures que les souverains comptaient prendre contre l'esprit d'innovation.
Au mom'-nt où il prit possession de son ambassade, Pozzo trouva le ministère du duc de Richelieu en pleine désorgmisation. Villèle faisait ses paquets, résolu à se retirer si l'Intérieur continuait à lui être refusé. M. de Gorbières n'était pas moins décidé que lui, considérant Mounier comme la pierre d'achoppement à toute entente. « L'obstacle au bien était un favori du Roi, disait-il, il est maintenant dans un favori du premier ministre. »
La session était close. La situation devenait inextricable. Au point où les choses en étaient venues, il n'y avait plus moyen de retenir les deux chefs de la droite sans passer sous leur joug et leur céder le terrain. Ils étaient décidés à maintenir leurs exigences, et M. de Richelieu, d'accord avec ses autres collègues, ne