LA DONATION DE CHAMBORD
épaules, et le force à les lever avec moi. Du reste, Pozzo vieillit, s'attriste, se dégoûte des choses d'ici-bas. Le lendemain on m'applique deux ventouses et l'efTel qu'elles me font persuade à Moreau que je pourrais bien avoir un commencement de lésion à l'intestin; il veut que je me fasse palper par Dupuytren. Dupuytren me palpe, et ne trouve rien. Il est d'ailleurs frappé de mon amélioration depuis deux ans. »
M. Mole était revenu à Paris afin de se rendre plus facilement à Versailles, où la session du conseil génc néral venait de s'ouvrir. Le marquis de Vérac fut nommé président. Ce choix semblait le désigner pour la présidence du grand collège électoral. Mounier le redoutait, craignant qu'il ne favorisât en sous-mai ii les candidats des ultras, et il offrit sans succès à M. Mole de présider à sa place. La situation du ministère l'inquiétait. Néanmoins il était d'avis, lui aussi, d'ouvrir le plus promptement possible la session des chambres pour éviter des douzièmes provisoires, d voulait présenter une loi répressive de la liberté de la presse. <( Au reste, dit-il, ce n'est pas par la chambre, mais par le tapis vert que nous périrons. »
La session du conseil général fut agitée. « Je remporte, écrit M. Mole, une grande et laborieuse victoire pour mon arrondissement, à l'occasion de la répartition du dégrèvement. Je fais refuser par le conseil la souscription pour Ghambord et le conseil adopte la délibération que je rédige'. Discussion obstinée et renouvelée par Hosambo. »
1. Un royaliste, M. Adrien de Galonné, avait conçu l'id^'e d'ouvrir une souscription dont le produit serait employé à acheter le château de Ghambord, pour en faire don au duc d»' Bordeaux. Napoléon avait concédé cette ancienne résidence de François I^'au prince de Wagram, dont les héritiers, trouvant
^bA TJDTVSTÎON DE GHAMBORD. 437
Mounier approuva cette délibération. Il n'en fut pas de même pour les royalistes. M. Mole apprit par M"« de Montcalm que Chateaubriand et ses amis en
trop onéreux de la conserver, avaient obtenu l'autorisation delà mettre en vente. L initiative de M. de Calonne fut couronnée de succès. De nombreuses municipalités, des corporations, de simples particuliers, s'offrirent à souscrire. On forma à Paris, sous la présidence de l'Archevêque, une commission chargée de la perception et de l'emploi des fonds, et composée de quatorze pairs de France, de dix-sept députés et de vingt-trois personnalités royalistes. Kn province, chaque arrondissement eut un correspondant chargé de recueillir les souscriptions.
Kn Seine-et-Oise, Irois arrondissements seulement prirent part à la souscription, ceux de Corbeil, d'Étampes et de Rambouillet. Les corresp(mdants étaient, pour Corbeil, M. Jazon, notaire ; pour Élampes, M. Boivin, adjoint au maire, et pour Rambouillet, M. de Jurines, juge au tribunal civil.
La délibération que M. Mole fit adopter par le Conseil général a 1.1 séance du 17 août 1821, était ainsi conçue :
Le Conseil général,
Vu la lettre adressée à son président par celui de la commission des souscriptions pour Ghambord,
Considérant : !• Que les centimes additionnels dont il dispose sontétiblis pour les besoins spéciaux du département et qu'il ne pourrait, sans contrevenir à la lettre et à l'esprit de la loi, aflécter par voie de so iscription une portion de leur produit à Tacquisilion de Ghambord ;
2» Que le produit des centimes additionnels se trouvera encore cette année réd it par le dégrèvement accordé sur le principal de l'impôt foncier et qu'.ainsi des besoins du plus haut intérêt tels que l'entretien du culte et de ses ministres, les prisons et les routes, seront privés des secours annuels qu'on est dans l'usage de leur accorder et qui leur sont nécessaires ;
Uegrette vivement d'avoir reçu une Invitation à laquelle il lui eût été si doux de défé er, et conscient d'ailleurs de l'insuffisance d^ mode (le souscription pour ai-heter un domaine aussi consiilérnble et le remettre dans un état qui le rende digne de sa destination, le Conseil général émet le voeu que les chambres, dans leur proctiaine session, en votant la somme nécessaire à l'acquisition de Chambor.i, assurent la conservation dun monument précieux et l'otTrent à l'auguste enfant accordé aux larmes de la France, donnant à cet acte un caractère national comme le sentiment dont il doit perpétuer le souvenir.
(Archives du département de Seine-et-Oise, Série N. Délibérations du Conseil général de Seine-et-Oise.)