i« LA DONATION DE CHAMBOKI
étaient scandalisés. Il lui adressa le texte de sa motion, en la priant de la communiquer aux journaux et lui déclara que, ministre ou non, il ne sacrifierait jamais la raison ni la justice à aucun parti.
Le duc de Wellington était à Paris. Recevant un matin la visite du comte Mole, il lui tint ce propos :
<( L'ordre de choses se maintiendra tant qu'on n'aura pas besoin de la force, mais la force n'étant que l'armée et l'armée ne pouvant de longtemps être sûre, il faut, sous peine d'une révolution nouvelle, ne pas être obligé de s'appuyer sur elle. Or, si la Russie est entraînée a la guerre contre la Turquie, nous seronentraînés à la guerre contre elle, toute l'Europe le sera dans cette querelle, et les ennemis des Bourbons en profiteront pour chercher à les renverser. »
A un dîner chez le duc de Richelieu, M. de vSerrr rapporta qu'il ne pouvait dire à Louis XVIII que quelque chose était bien sans que le Roi lui répondit : « Si Decazes était toujours ministre, ce serait encore mieux », ou, « cela lui est dû, parce ([u'il l'avait préparé ». Si au contraire le chancelier lui disait qu'une chose était mauvaise, le Roi répondait : « Si Decazes était ministre, cela ne serait pas arrivé. »
M. Mole passa tout le mois de septembre à Paris, fort isolé, et ne fit que deux courtes absences pour aller voir jouer la comédie au château du Marais. La seule visite qu'il reçut fut celle de Pasquier venu soûle prétexte de voir son cheval, mais en réalité pour s'entretenir de la situation générale et lui annoncer qu'il passait à la chambre des pairs. Pasquier en effet quittait la chambre des députés. II faisait partie du cinquième renouvelable et était rien moins que sur de sa réélection. II se répandit en plaintes amères contre les royalistes qui s'étaient tournés contre lui.
— éteerrONs royalistes. ¥39
Le mois d'octobre revit M. Mole à Ghamplàtreux. Laine, lord Lansdowne, Pozzo, le baron de Fagel vinrent l'y voir. M"»* de Nansouty y passa douze jours et se montra pleine de grâce et de coquetterie. L'ouverture de la session rappela tout le monde à Paris h la fin du mois.
Les élections avaient été encore plus royalistes que celles de Tannée précédente. Le ministère avait déclaré qAi'il soutiendrait les candidats de droite, sauf ceux qui avaient trop violemment attaqué sa politique. C'est ainsi que M. de Villèle lui-même fut nommé président de collège par le cabinet, mais des ultras <omme MM. de Salaberry et de Castelbajac furent < cartes. Néanmoins presque tous les députés dont M, de Richelieu ne voulait pas furent élus à une immense majorité.
IvCS royalistes, désormais les maîtres incontestés à la chambre, voulaient le triomphe complet de leurs doctrines et des hommes politiques qui en étaient l'expression. Lo comte d'Artois, dont le crédit auprès <le Louis XVllI, abattu par la maladie, augmentait de jour en jour, s'était prononcé ouvertement contre le ministère, et faisait circonvenir le Roi par ce que la Cour comptait de plus ultra. A ces intrigues se joignaient celles de l'étranger. M. de Metternich et Lord Castlereagh avaient décidé d'agir de concert pour renverser par tous les moyens possibles le gouvernement du duc de Richelieu, favorable à la Russie, et avaient fait pressentir Monsieur, qui s'était engagé vis-à-vis d'eux.
Telle était la situation à laquelle le ministère allait avoir à faire face.
La chambre des pairs se réunit le 6 novembre. Les modérés qui y étaient bien plus nombreux que dans
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l'autre assemblée portèrent pour le secrétariat et la commission de l'adresse ce qu'ils comptaient de plus sage dans leurs rangs et même des hommes du centre, en opposition aux listes « furibondes » de la droite Tous leurs candidats furent élus. Le seul ultra qui passa fut Mathieu de Montmorency, qui l'emporta sur M. Mole après trois tours de scrutin successifs. Chateaubriand fut écarté, d'où fureur et dépit. Il dut son échec à la défection d'un certain nombre de pairs cardinalistes, et tandis que Mounier et Pasquier travaillaient contre lui, Lauriston lui donnait sa voix.
La première réunion Piet fît voir qu'aux députés les esprits étaient plus montés qu'à la chambre des pairs. On s'y montra très hostile pour les ministres, qui cependant affectèrent la plus grande sécurité.
M. de Villèle, dès son retour h Paris, s'était rendu chez M. de Richelieu. 11 lui promit de rester neutre, tout en le prévenant qu'il ne saurait rester maître do ses amis politiques, mais qu'il ne se joindrait à eux qu'au cas où le gouvernement chercherait un appui à gauche. Cette conversation fut communiquée au conseil. Le Roi déclara qu'il faisait sienne la cause du ministère, et il fut résolu que, comme concession au côté droit, on modifierait la loi de la presse dans le sens des opinions royalistes.
Les doctrinaires s'agitaient; Sébastiani, Guizot, Rarante, Saint-Aulaire , se réunissaient chez Royer- Collard, récemment élu député, « encore enivré de ses succès électoraux, et en ayant la vue troublée; Sébastiani, impatient comme un enfant d'arriver au pouvoir, Guizot de beaucoup le plus clairvoyant et le plus politique, Rarante le plus fort après Guizot, Saint-Aulaire, un sot comme toujours ».
u Je vais voir Mounier, continue M. Mole, il venait
LEJgANUëfiBJT DE SAINTE-HÉLÈNE, 441
• l'interroger un garde du Bois de Boulogne qui prétondait avoir saisi le chapeau et le fusil à d'^ux coups chargé de chevrotines d'un assassin qui attendait le duc de Bordeaux. L'aventure me frappa à l'instant < omme inventée et je le dis à Mounier et au duc de Ilichelieu qui survint avec Pasquier'. Mounier me confia ensuite que l'auteur du Manuscrit de Sainte- Hélène- était un certain Bertrand de Novion, ancien officier d'artillerie en retraite, qui se brouilla autrefois avec Napoléon dans lescampagnes d'Italie. Ce Bertrand de Novion a composé un autre écrit du même genre, dont il parait que Mounier lui a fait ajourner la publication.
(( Sémonville sortait de chez Mounier, il venait de lui parler de Montholon qui s'était déclaré exécuteur testamentaire de Napoléon et offrait d'ailleurs de communiquer au Roi tout ce qu'il voudrait. Une partie des capitaux de Napoléon est chez Laffitte, ce qui pourra amener du grabuge.
» Mounier me demande ensuite qui je mettrais définitivement à l'Instruction publique. Je lui dis bien qui je ne mettrais pas, mais non pas qui j'y mettrais. Il me parle de manière à me faire croire que le ministre de la Guerre pense à la retraite.
<( 17 novembre. — Baud... {sic) me raconte qu'il
i. On apprit bientôt que l'affaire du Bois de Boulogne était une mystification. Le garde avoua à Lauriston avoir tout inventé pour se l'aire valoir. (Note du comte Mole.)
•2. L'ouvrage auquel M. Mole fait allusion ici parut à Londres •n 1817, chez John Murray sous le titre : Manuscritvenu de Saintellclène d'une manière inconnue. Dans son avertissement, l'éditeur ne nomme pas la personne qui le lui apporta et laisse à d'autres le soin de rechercher si réellement Bonaparte ou l'un de ses confidents en est l'auteur. Le manuscrit avait été attribué (voir Bourquelot et Naury, la Littérature française contemporaine, t. V, p. 207, Paris, 1854) à Benjamin Constant ou à Lullin de Château vieux.