‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 211 sur 232 · PROCÈS DU LIEUTENANT-COLONEL MAZIAU · texte numérisé non relu

PROCÈS DU LIEUTENANT-COLONEL MAZIAU

élevait chrétiennement le fils de Murât, malgré son père qui lui disait : <( Vous voulez donc faire de mon fils un capucin? » Il adressa à Murât un mémoire pour lui prouver que son fils devait, même politiquement, faire sa première communion. La reine en était d'avis, le roi refusa. Le mémoire fut envoyé à Napoléon, qui, sur-le-cliamp, ordonna que la première communion se fit. Baud... parle de Murât comme Napoléon m'en a parlé et place la reine très haut au-dessus de tous les frères et sœurs de Napoléon . »

La chambre des pairs était violemment divisée par le procès du lieutenant-colonel Maziau. Cet officier, compromis dans le complot du 19 août, avait réussi ;i prendre la fuite. Les conspirateurs arrêtés avaient él»jugés et beaucoup de pairs, M. Mole entre autres, étaient d'avis de ne pas prolonger l'agitation des esprits, en évoquant à nouveau le procès des fugitifs. Mais leur avis ne fut pas suivi, et au dire de Glaparède, Decaziîs contribua pour beaucoup à celte décision.

Après la lecture du réquisitoire, les groupes se réunirent avant de voter. La droite reconnut Maziau auteur ou complice de complot, conformément aux conclusions du procureur général; la majorité le déclara auteur de propositions non agréées, la gauche aurait voulu qu'il fût seulement reconnu non révélateur. La discussion sur l'application de la peine fut plus passionnée encore. M. Mole intervint pour émettre l'opinion que la Cour avait le droit, en son âme et- conscience, d'arbitrer les peines et que Maziau ne saurait être traité plus sévèrement que M. de la Verderie*. La partie modérée de la chambre lui donna

1. M. Gauthier de la Veiderie, lieutenant dans la garde royale, avait été condamné à cinq ans de détention, comme un des principaux auteurs de la conspiration du 19 août.

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raison en proposant la peine de cinq années de détention. La gauche se rallia à cet avis, pour épargner à Maziau la dégradation militaire qu'eût entraîné pour lui une peine plus sévère. La droite entra en fureur et déposa une molion demandant un nouveau vote. Cette motion ne fut repoussée qu'à une voix de majorité, au milieu de la plus grande agitation. La séance avait duré jusqu'à huit heures et demie du soir.

Le jour suivant, 24 novembre, on se réunit pour la signature de l'arrêt. La droite entreprit de le faire réformer, mais sur une nouvelle el véhémente intervention du comte Mole, la chambre s'y opposa. La droite riposta en refusant de signer, et sortit en masse de la salle des séances, puis, quand la formalité de la signature fut terminée et l'audience levée, elle rentra, Portalis à sa têle, et déposa une protestation sur le bureau. « Conduite vile et honteuse de Portalis dans toute cette affaire », note M. Mole.

« Le lendemain do cette séance si orageuse, conlinue-t-il, je fus au concert chez M. le duc d'Orléans. Ce prince, après avoir déploré la folie des nobles depuis 1789, me dit ces paroles :

« On ne veut pas se mettre une idée dans la tête, (est que tous, tant que nous sommes, rois, princes ou nobles, ne sommes qu'une décoration, que des habits d'une certaine forme ; il faut donc se garder d'en faire passer le goût, car alors on les changera. »

Dès la première séance , la chambre des députés témoigna de son hostilité envers le ministère. Sur la liste des candidats à la présidence, M. de Villèle fut porté en tête à une immense majorité ;Ravez ne passa que commesecond

candidat et avec lui MM. de Corbières, de Bonald et de Vaublanc, tous trois d'extrême droite. Le Roi choisissait le président parmi les noms portés sur cette liste,

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