DISCOURS DE LA COURONNE
suivant sa volonté. Il eût été plus habile d'annihiler M. de Villèle en le portant au fauteuil présidentiel, néanmoins le ministère fit désigner M. Ravez. La chambre riposta immédiatement en composant la commission de l'adresse des royalistes les plus ultras, tels que MM. de Gastelbajac, Hocquart, de la Bourdonnaye, de Voublanc et Delalot, ce dernier le plus implacable ennemi de M. Pasquier.
Pour éviter les incidents, le ministère avait décidé que le discours de la Couronne serait aussi anodin que possible. Dans le passage concernant la situation diplomatique, passage rédigé par Pasquier, le Roi disait :
« Mes relations avec les puissances étrangères n'ont pas cessé d'être amicales, et j'ai la confiance qu'elles continueront de l'être. De grandes calamités affligent l'Orient, mais j'espère que la prudence et le bon accord des puissances trouveront le moyen de satisfaire ce que la religion, la politique et l'humanité peuvent justement demander. »
Le discours ne parlait ni de Naples, ni du Piémont, ni delà Grèce, pas plus que de Troppau ou de Laybach. Les royalistes le trouvèrent insuffisant. Les amis du ministère firent en vain remarquer que le Roi pouvait conclure à son gré des traités de paix ou de guerre et n'avait pas à en rendre compte, ce point de vue ne fut pas admis. L'adresse s'en ressentit. M. Delalot fut chargé de sa rédaction. Elle fut inspirée par Royer- Collard, ulcéré ainsi que tous les doctrinaires contre de Serre qui les avait expulsés du Gonsail d'Etat, et par Talleyrand qui encourageait en sous-main tout ce qui pouvait empêcher un rapprochement entre la droite et le ministère. Une phrase, spécialement insultante pour le duc de Richelieu et pour Pasquier, fut adoptée par la commission à une forte majorité :