‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 23 sur 232 · AU CONSEIL DES MINISTRES · texte numérisé non relu

AU CONSEIL DES MINISTRES

d'Etat qui ne pourrait se justitier que par la première de toutes les lois, celle du salut public. Examinons donc avec sincérité, si le salut public, et, non pas seulement la conservation du ministère, réclame l'emploi d'un moyen aussi violent, »

<( Mas collègues, ne s'attsindant pas à une allocution de cette nature, se regardaient entre eux. Pasquier fut le premier à prendre la parole et il le fit en appuyant mes conclusions et insistant par-dessus tout sur la nécessité d'ajourner pendant sept ans les élections, en prorogeant jusque là la chambre actuelle. Loin de comprendre l'énormité d'une pareille mesure, il n'y voyait qu'une intrigue comme une autre, laquelle, confiée à Decazes et à lui, ne pouvait manquer de réussir. Le maréchal Gouvion n'hésita pas à se ranger au même avis. M. Laine, toujours aussi prodigue de gémissements et de critiques que peu fécond en expédients, déplora longuement les dangers qui menaçaient la France et déclara que les trois partis que j'avais indiqués lui semblaient également inexécutables.

« Nous ne pouvons, ajouta-t-il, toucher à la Charte, le préambule de l'ordonnance du 5 septembre, dont nous sommes les auteurs, nous a lié les mains. Sans doute, il est urgent que nous fassions quelque chose, mais nous ne ferons rien d'utile si nous ne nous rapprochons pas des royalistes. »

« Gi'S dernières paroles de M. Laine me firent une profonde impression, j'y vis- clairement la division du ministère et sa chute. Les uns allaient évidemment vouloir se rapprocher du côté droit et de la Cour, tandis que les autres s'appuieraient sur les libéraux, en espérant les contenir. Four moi, qui proposais de s'armer uniquement de principes pour triompher de toutes les passions, j'allais me trouver seul et me faire

Page 1