‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 25 sur 232 · AGITATION DANS PARIS · texte numérisé non relu

AGITATION DANS PARIS

à Aix-la-Ghapelle au duc de Richelieu et Baring au duc de Wellington. La physionomie de Laffîtle dans cette réunion fut reuiarquublemeiit insolente eX semblail insulter à nos embarras, tandis que celle de l'honnête Diilessert, quoiqu'il n'aimât pas le ministère, témoignait son indignation de voir un banquier fraiiçais ■chez lequel la vanité étouffait ainsi le. patriotisme,

« Le soir, le conseil se réunit chez Decaz'es; Cosrvetlo

y lut sa dépêche à M. de Richelieu et nous apprit que

les fonds étaient un peu remontés ce j^ur-là. Decazes

;nous montra ses rapports de police de la veille; des

•conscrits avaient parcouru les rues en criant : « Vive

il'Empereur » et en insultant au Roi et à sa famille. Us

: portaient des rubans tricolores à leurs chapeaux. Le

iboulevard des Italiens était rempli de groupes; dans

les uns on accusait hautement le ministère de faiblesse

ei de se laisser imposer par les Jacobins ; dans les

autres on déclamait en faveur de Benjamin Constant

«t contre le ministère et la Cour. Jamais, je n'avais

vu Decazes aussi effrayé. J'en profitai pour amener

l'attention sur toutes les questions que j'avais discutées

la veille et particulièrement sur celle du renouyelle-

meiit quinquenpal et la prorogation de: la chambre

actuelle. Cette fois, Decazes fut d'avis de proposer

.l'une et l'autre mesure. Laine, seul, résistait encore,

..tout en avouant qu'il n'y avait pas d'autre moyen de

salut. On se sépara en se promettant d'y réfléchir de

^nouveau. ' '

î « J'écrivis au duc de Richelieu la lettre suivî^nt^j <

34 octobre ! 8 18.

« Chacun vous écrit sur la crise où se trouve la place. Je viens aussi vous en dire mon opinion,, Je la

regarde comme la suite du complot dont je vous parlais dans ma dernière lettre. C'est la compagnie française composée de libéraux qui voudrait faire sauter la compagnie anglaise et le ministère. Tout ceci demande la plus sérieuse attention. Nous avons encore pour nous la nation ; mais, si nous laissons faire nos ennemis, ils finiront par pervertir l'opinion au point que cette même nation se tournera contre nous. Je n'ai pas oublié la Révolution, eh bien! elle recommence. Je l'ai dit hier et aujourd'hui bien fortement dans le conseil et je crois avoir porté quelque conviction^ On voulait encore hier reprendre tranquillement l'examen de nos projets de lois, en soutenant que ce qui s'était passé aux élections ne prouvait que la nécessité d'avoir de bons préfets*. J'ai continué aujourd'hui mon discours de la veille et j'ai eu la satisfaction de voir qu'on revenait à mon avis. Dieu veuille que l'on s'y tienne ! Tout a changé de face. Roy, Gaillard, Beugnot répètent que nous perdons la monarchie si nous ne demandons aux chambres des moyens de gouvernement suffisants. Le premier moyen, croyezmoi, serait une armée dont les officiers soient sûrs. Vous ne sauriez, vous en particulier, trop veiller de ce côté et j'ajoute revenir ici trop vite. Le temps des ménagements est passé ; la guerre est déclarée; hàtons-rious de prendre l'offensive qui donne toujours tant d'avantages. Loin de pouvoir supprimer le ministère de la Police, peut-être devons-nous demander qu'il ait plus de fonds secrets à sa disposition. C'est aussi une grande question que celle de savoir jusqu'à quel point nous devons renoncer aux lois d'exception. Il faut le prendre de très haut, parler très franchement

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