BAL CHEZ LE DUC DE BERRY
plus elle me parlait de la vie pure, studieuse et recueillie qu'elle menait et plus je croyais voir dans son accent la faiblesse qui se repent sans cesse, et un besoin d'excuse qui condamne à de perpétuels déguisements.
« Quinze jours ne s'étaient pas écoulés, qu'une seconde lettre m'arriva. M. de XX... était reparti, A... pouvait librement m'écrire. Elle le faisait sans passer par l'intermédiaire de M"*... Cette seconde lettre, plus touchante, plus déchirante que la première, respirait la résignation du tombeau. Djpuis son •départ, elle m'avait, disait-elle, écrit cinq fois, et mon silence, mon abandon ne lui semblaient qu'un juste châtiment. Elle était loin de se plaindre et ne demandait à Dieu que de prendre pitié de son âme et de lui donner la force de mettre au monde l'enfant qu'elle portait dans son sein. Je ne crois pas qu'un cœur d'homme ait été accessible à la pitié ou à la sympathie plus que le mien, et pourtant, jusqu'à ce que l'âge et la douleur soient venus l'amollir davantage, ce cœur était encore plus implacable envers qui trahissait son amour. Je plaignis du fond de mon âme celle qui, après avoir été l'objet de mon culte, n'osait réclamer que ma compassion. J'excusais même ce que j'appelais ses nouveaux artifices pour pallier ses torts et ne doutai pas un instant qu'elle n'eût reçu mes lettres, qu'un homme, dont j'étais sur, avait toujours déposées entre les mains de M"'«... Un silence de fer fut donc ma seule réponse et une troisième lettre de A... ne fit qu'ajouter à mes préventions et à mon inflexibilité. L'amour dans ses ressentiments n'est pas moins fécond en illusions déplorables, qu'en trompeuses espérances dans ses commencements. Chaque mot, «haque expression se trouve alors empoisonné, il faut