BAL CHEZ LE DLG DE BERRY. ' TU
<( Je ne tardai pas à suivre A... dans la pièce où le duc de Fitz-Jamcs l'avait entraînée. Je la vis, dès quelle m'aperçut, se dégager vivement du bras qui la soutenait, et aller s'asseoir loin de la foule, sur an canapé rouge que je vois encore et où Je me précipitai à ses côtés. Les larmes m'étouffaient et pourtant j'aurais préféré la mort à me laisser voir trop ému par ïiucune des personnes de sa famille qui erraient dans bal. Sans proférer une parole, je pri^ une de ses mains et arrêtant mes regards sur elle pour la première fois, à la place de cette figure si céleste, je ne trouvai plus que l'expression du désespoir et tous les signes d'une lente destruction. Cette main, que je retenais entre les miennes, était glacée, un tremblement nerveux, qu'elle s'etforçait de réprimer, ne laissait sortir de sa bouche que des paroles inarticulées. Je frémissais qu'on ne nous surprît ou qu'elle n'eût tout à fait besoin de secours, quand sa fatale belle-mère parut à la porte du cabinet où nous nous étions retirés, vint droit à elle, en me faisant une de ces révérences si froides, quoique si polies, qu'elles ne laissent rien :i dire, rien à faire, qu'à se retirer.
<c A..., sur qui cette femme n'avait pas encore perdu tout son empire, me pressait d'ailleurs du geste et du regard de m'écarte r. Peu après, je la vis sortir et monter en voiture avec sa belle-mère.
« J'allais me retirer aussi lorsque je m'entendis appeler par mon nom. C'étaient Corvetto et Decazes. qui venaient de recevoir des lettres de M. de Richelieu qu'ils voulaient m 3 montrer. Malheur à qui ne peut -s'abandonner aux mouvements de son àme ! Malheur à celui que la main glacée de l'intrigue ou le souflle desséchant de la politique poursuivent jusque dans le sanctuaire de ses affections ! L'amour dans le devoir