BAL CIIE/ LE DUC DE BERRY
a seul le privilège d'échapper à ces tortures. La femme dans le mariage partage toute l'existence, s'appuie à toutes les pensées de l'homme public, qui peut ne pas s'en séparer un seul instant, mais, hors du mariage, elle ne peut être que le charme, l'ivresse, l'idole de la vie et ces intérêts de l'ambition, auxquels on ne peut associer celle qu'on adore, deviennent insupportables au cœur qu'ils ne sauraient remplir.
« Au lieu donc de rentrer chez moi pour épuiser en paix les émotions de la soirée et réfléchir sur ce qui s'était passé, il me fallut suivre mes deux collègues dans un cabinet et écouter les lettres de M. de Richelieu. Dans celle à Corvetto, le duc anonçait qu'il avait obtenu du Congrès le délai de douze mois pour le paiement de notre rançon et il demandait que Baring se rendit à Aix-la-Chapelle pour régler les détails de la convention.
« La lettre à Decazes était plus curieuse et elle devint l'objet de réflexions sérieuses pour celui auquel elle s'adressait. M. de Richelieu s'y représentait plus en crédit que jamais auprès des souverains et particulièrement auprès d'Alexandre. Le but constant do ses efforts venait enfin d'être atteint et la Sainte Alliance, ouvrant son sein h la France, devenait la quintuple alliance. Caraman, le plus portatif et le moins sérieux des diplomates, devait nous apporter incessamment cette grande nouvelle avec une déclaration signée de cinq grandes puissances, qui serait le dernier acte, l'acte définitif du Congrès. « Je dois tous mes succès, ajoutait M. de Richelieu, h l'empereur Alexandre, dont il faudrait adorer les pas. » Il terminait sa lettre par quelques lignes pleines de menaces contre le parti libéral et annonçait la résolu-