‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 34 sur 232 · ENTRETIEN AVEC LE DUC DE BERRY · texte numérisé non relu

ENTRETIEN AVEC LE DUC DE BERRY

lion de se rapprocher du parti royaliste, dès qu'il serait de retour.

<( En achevant avec moi cette lecture, Decazes me dit :

« Vous le voyez, il nous faudra quitter la place ! » En même temps, ses yeux, fixés sur les miens, semblaient me demander si je ne serais pas disposé à faire tout ce qu'il faudrait pour la garder.

(( Vous avez raison, lui répondis-je, et si M. de llichelieu veut changer de système et de parti, vous me verrez plus prompt que vous ne voudrez à la quitter. »

« A peine achevais-jc ces paroles, que M. le duc de Berry vint nous interrompre et m'emmena vers un canapé, où, me faisant asseoir à côté de lui, il se mil à causer en liberté. Les expressions de confiance et de bonté, qu'il me prodigua en débutant et auxquelles il ne m'avait point accoutumé, me donnèrent tout de .>^iiile la mesure des craintes qui agitaient son esprit.

« Tout est perdu, me dit-il, si l'on ne revient pas aux royalistes, et si l'on ne change pas la loi des élections. M. Decazes traite tout cela avec une légèreté révoltante; c'est une chose criante que de voir gouverner la France par un homme aussi léger et qui n'a d'autre valeur et d'autre importance, que celles iju'il tient de sa faveur auprès du Roi. Quand on lui parle de ce qui se passe sous nos yeux et du résultat si alarmant des élections, il vous répond, le sourire à la bouche, que cela ne sera rien que le scandale d'un jour. Quant à Gouvion, c'est pire encore, il se • onduit en ennemi, il a aliéné la garde royale de laquelle dépendra longtemps le salut de la monarchie et il remplit chaque jour l'arméj de traîtres et de bonapartistes. »

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