LE PAVILLON ET LE DRAPEAU
àme qui se relève sous l'excès du malheur. Il me fit encore une impression toute contraire, ainsi que les lettres que le billet accompagnait. Je crus y voir un dernier effort pour tenter sans espérance, ou plus encore une manière de terminer des rapports si pénibles et auxquels il était plus que temps de mettre fin. Je pris la ferme résolution non seulement de ne pas répondre, mais d'éviter toutes les rencontres et de m'absorber entièrement dans cette crise de ma carrière politique, dont je voulais à tout prix sortir honorablement.
« Baring, que M. de Richelieu demandait à Aix-la- Chapelle, s'y rendit le 6 novembre et nous continuâmes à nous préparer chacun à notre manière aux événements que le retour du président du conseil allaient amener. Nos réunions offraient chaque jour plus de symptômes d'une dissolution prochaine. Au conseil de ce même jour 6, Pasquier nous proposa de donner l'institution royale à un juge d'Angers, qui s'était fédéré, comme Portails, pendant les Cent Jours et, de plu.s, avait prononcé un violent discours au Conseil des Cinq-Cents à l'appui de l'odieuse et révolutionnaire loi des otages. Le maréchal Gouvion, M. Laine et moi, nous nous opposâmes formellement à ce que ce juge fût confirmé dans ses fonctions. Mais Decazes et Pasquier, qui ne songeaient qu'à se fortifier dans le parti libéral contre M. de Richelieu, insistèrent et parvinrent à entraîner Gouvion.
« Il s'engagea ensuite le débat le plus singulier entre le maréchal et moi. Il soutenait que l'article de la loi de recrutement, qui dispensait du service militaire tout homme dont le frère sert à quelque titre que ce soif sous les drapeaux, n'était pas applicable aux marins. « Le pavillon de nos vaisseaux, disait-il, n'est pas