‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 38 sur 232 · LA QUINTUPLE ALLIANCE · texte numérisé non relu

LA QUINTUPLE ALLIANCE

manda une réunion pour examiner encore le projet de loi sur la responsabilité des ministres, qui avaient été déjà arrêté entre nous. Sa raison plus ou moins avouée était d'y faire plusieurs changements indiqués par Guizot. Le premier était de renoncer à définir dans la loi le crime de haute trahison, c'était précisément ce que j'avais demandé un mois auparavant et ce que Pasquier avait combattu avec obstination et succès. Mais, docile aux inspirations de Guizot, il se mit sans nulle pudeur à défendre avec chaleur l'opinion du doctrinaire, et il l'emporta cette fois d'autant plus sûrement, que loin de m'avoir pour adversaire, je lui fis des compliments sur sa conversion.

« Le dimanche 8, Caraman arriva, ainsi qu'il nous avait été annoncé, avec l'acte qui consacrait la quintuple alliance et la déclaration des souverains. Ces pièces étaient si importantes, leur effet en France et en Europe était tellement à calculer, que M. de Richelieu avait désiré que nous en pesassions toutes les expressions avant qu'elles ne fussent publiées. Le Roi nous ordonna de nous réunir sur-le-champ, pour procéder à leur examen. Ces actes mémorables se retrouveront dans toutes les histoires du temps, et d'ailleurs sont 3iU Moniteur. L'empereur Alexandre (car il en est le véritable auteur) y prêtait encore à la diplomatie un langage si moral, une modération si nouvelle, qu'il pouvait faire et qu'il fit beaucoup de dupes.

« En résultat, les souverains s'arrogeaient la haute police en Europe et défendaient en quelque sorte au temps de marcher sans leur permission. La France n'était certes pas en position de s'opposer à l'attitude que la Sainte Alliance voulait prendre. Elle ne pouvait user d'artifices et demander pour prix de sa sagesse d'être admise parmi ces mentors du genre humain.

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