DECLARATION DES SOUVERAINS
C'est ce que M. de Richelieu avait très bien senti et à quoi son beau caractère, bien plus que son habileté, l'avait fait réussir. La France une fois membre de l'alliance, son affranchissement ne pouvait plus éprouver ni difficultés, ni retard. Au lieu d'apprécier un tel service, et de ne voir que ce grand fait dans les pièces qui nous étaient soumises, mes collègues se mirent à en éplucher jusqu'à la ponctuation, comme s'il se fût agi d'un concours académique. Decazes commença par critiquer le ton général, qui lui paraissait mystique et ampoulé. Il était aisé de reconnaître dans ses paroles son humeur contre Alexandre, contre Pozzo et contre M. de Richelieu lui-même. Le maréchal, dont le patriotisme, ou plutôt le nationalisme, était un peu étroit, soutint que ces pièces étant l'œuvre des étrangers, des oppresseurs do la France, il était de la dignité du Roi et de ses ministres de ne pas coopérer à leur rédaction. Quant à Pasquier et Laine, ils ne songeaient, je crois, qu'à nous montrer la délicatesse de leur goût et renchérissaient l'un sur l'autre de difficultés sur la pureté du langage et l'élégance des expressions. Je pris le dernier la parole : nous ne devions, représentai-je, considérer dans ces pièces que leur important résultat, elles sortaient la France de la ^tutelle des souverains et lui rendaient sa véritable place.
« Quant à leur rédaction, ajoutai-je, gardons-nous bien d'y rien changer. Respectons jusqu'aux fautes de français, qu'elles peuvent renfermer. Notre rôle est de laisser dire et de laisser faire, puisque nous ne pouvons rien empêcher, et d'intervenir le moins possible soit en paroles, soit en actions. D'ailleurs, ces critiques de détails sont celles qui blessent le plus les amourspropres et il ne faut pas oublier ici quels sont les rédacteurs. Mon avis est donc que nous paraissions sensibles