DECLARATION DES SOUVERAINS
à la communication qui nous est faite et renvoyions les pièces sans observations. »
« Dans les circonstances graves, le bon sens obtient toujours delà faveur. A peine avais-je achevé ces simples paroles, que chacun, oubliant tous ses petits levains, se rangea de mon opinion et un courrier partit aussitôt avec les pièces pour le Congrès.
(( En rentrant chez moi, je trouvai la lettre suivante :
Aix-la-Chapelle, ce 6 novembre 1818.
« Vous m'avez écrit de bonnes et excellentes lettres ilont je vous sais bien bon gré et dont je vous remercie^ lie bien bon cœur. Des deux partis que vous proposez, l'un n'est absolument pas praticable. Nous ne pouvons, comme le fait le peuple français, passer sans 1 t'sse d'un excès dans l'autre, et ce serait, assurément,. • lonnerau monde un triste exemple que de renouveler le ministère, parce qu'une partie des élections est mauvaise. Il faut au contraire que chacun reste à son poste et s'oppose au mal de toute sa force. La question n'est pas de savoir si nous sommes suffisants pour la circonstance où nous sommes. Peu d'hommes seraient assez présomptueux pour s'en flatter. Mais nous y 'tmmes et nous ne pouvons pas déserter. Il faut nous rrer les uns contrôles autres, et chercher avec cou- I âge et sang-froid le remède au mal. Je voudrais que vous fi.ssiez, messieurs, un examen de la position de la I lance et un plan complet de conduite pour la session [•rochaine et même plus loin, dont on se donnerait jtarole de ne pas s'écarter ; nous examinerions cette pièce à mon retour, et nous arrêterions définitivement tout ce qu'il y aurait a faire. Il me .semble que le moment est
assez important pour appeler toute notre attention. Il ne faut pas, à mon avis, se jeter dans les bras des ultras, mais il faut peut-être se rapprocher un peu de ceux qui sont dans la chambre et tacher de se composer par leur réunion une majorité compacte avec laquelle on pourrait entreprendre l'espèce de coup d'État que vous proposez. C'est bien modifier la loi •d'élection que de rendre le renouvellement quinquennal, mais je regarde, comme vous, que c'est le seul moyen d'empêcher la machine de culbuter et de prévenir le démembrement de la France et sa ruine complète. Il faudra préparer celle afTaire avec bien de rj l'adresse, mais j'espère que la chose ne sera pas impossible, car en définitif chacun est bien aise d'avoir à siéger cinq ans. Pendant ces cinq ans, nous ou nos successeurs trouverons le moyen d'introduire dans la loi quelques moyens d'influence ministérielle qui est, à mon avis, tout ce qui lui manque. Gomment voudriezvous, si vous vous en alliez parce que vous avez dé^ fendu cette loi, que M. Laine restât, lui qui l'a proposée .' Disons le vrai, nous ne nous sommes point opposés a •quelques amendementsquil'auraientrendue meilleure, si derrière cette concession nous n'avions vu le ministère de M. de Talleyand ' en perspective. Je me rappelle
1. M. de Richelieu prêtait ici ses sentiments personnels à si - ^•ollègues. Hormis Pasquier qui se croyait irréconciliable avec , M. de Talleyrand, nous ne redoutions pas plus son avènement au ministère que celui de tout autre. Mais AI. de Richelieu était <îonvaincu que si M. de Talleyrand revenait aux aftaires, l'empereur Alexandre deviendrait l'ennemi le plus implacable de la F'rance et des Bourbons. Il regardait donc comme son premier ■devoir de s'y opposer à tout prix. Pozzo l'entretenait dans cette opinion, en lui répétant qu'il avait pour instruction principale d'empêcher la rentrée de M. de Talleyrand dans le conseil par tous les moyens qui seraient en son pouvoir. (Note du comte Mole.)