‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 42 sur 232 · M. DE RICHELIEU ET SES COLLEGUES · texte numérisé non relu

M. DE RICHELIEU ET SES COLLEGUES

(( M. de Richelieu écrivit en effet selon mon désir à Laine, Pasqui'er et Decazes pour leur demander à chacun un plan de conduite durant cette session. Il leur annonçait en même temps l'intention de suivre à l'avenir une marche plus systématique, mais s'il avait assez de bon sens pour en sentir le besoin, il n'avait pas assez d'esprit pour comprendre lui-même et encore moins pour faire comprendre aux autres ce qu'il fallait entendre par là; aussi un pareil langage dans sa bouche fut-il suspect à Decazes qui me parla avec ironie du nouveau goût de notre président pour les idées générales, ajoutant que l'esprit de système et la prétention de préparer l'avenir n'avaient jamais fait que des dupes dans les affaires et qu'il ne connaissait, quant à lui, d'autre manière de gouverner que celle qui consistait à résoudre les difficultés et à surmonter les obstacles à mesure qu'ils se présentaient. Du reste, il me laissa voir dans cet entretien beaucoup de découragement; cette disposition, cependant, ne lui était pas naturelle, il n'avait ni l'étendue d'esprit qui fait mesurer les difficultés, ni la délicatesse d'organisation qui fait qu'on s'effarouche moins avant d'entreprendre. Cependant il l'affectait souvent depuis son mariage ; c'était façon de grand seigneur.

« Le plus découragé ou plutôt dégoûté, c'était moi. Après ce que je viens de dire de Decazes, on pourrait croire qu'ici je me vante; loin de là, je dénonce ma plus grande misère ou plutôt, je dénonce l'inconvénient le plus préjudiciable de mon organisation, celui qui a borné ma carrière, dont j'ai eu le plus à souffrir et qui a peut-être nui dans la proportion de mon influence à ces affaires publiques ; pour être exact, je dois dire que je ne me décourage point, mais je me dégoûte, je prends ma position en insupportable déplai-

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